| Site URI :Elisabeth, l'actualité tourne fortement autour des retraites, peux-tu nous aider à comprendre les enjeux d'une réforme ?
ELG : La question des retraites intéresse tout le monde : ceux qui travaillent (combien de temps vont-ils travailler, combien vont-ils cotiser), ceux qui ont des carrières professionnelles chaotiques (comment vont être pris en compte leurs temps de rupture) ceux qui sont déjà en retraite (le niveau de leur pension) et les plus jeunes qui s'interrogent sur leur avenir (vont-ils pouvoir bénéficier de ce modèle).
Penser une réforme c'est souhaiter avant tout préserver le système par répartition, seul système fiable sur du très long terme (les cotisations de ceux qui travaillent payent les pensions de ceux qui sont en retraite) et a l'avantage d'assurer la solidarité entre les générations. Si dans 30 ans, nous ne pouvons pas prévoir ce que seront les niveaux de la bourse (capitalisation), les projections sur la démographie sont plutôt fiables, ce qui nous permet de penser les relations inter-générationnelles.
Site URI : le gouvernement vient d'annoncer que les consultations vont s'organiser jusqu'à l'été pour prendre des décisions en septembre. Quelle est la position de la CFDT ?
ELG : Nous participeront bien évidement aux consultations, nous ferons des propositions qui assurent les garanties d'un système pérenne. Mais nous souhaitons surtout que le débat soit organisé au niveau de la population, et que les citoyens soient entendus. C'est un beau débat de société, qui certes a des aspects techniques mais interroge surtout sur les fondements politiques et donc sur les choix de société. Pour cela, si le gouvernement doit prendre quelques mois supplémentaires, il faudra qu'il le fasse ! Aujourd'hui, le calendrier nous parait trop serré pour augurer d'une réforme concertée.
Site URI : Nous avons entendu François Chérèque s'exprimer sur les inégalités du système actuel, peux-tu détailler ?
ELG : les inégalités sont patentes dans 5 domaines :
Les carrières longues : augmenter l'âge de départ en retraite c'est contraindre celles et ceux qui ont travaillé jeunes (entre 14 et 17 ans) à cotiser plus longtemps que celles et ceux qui, après de longues études, sont rentrés tardivement dans la vie professionnelle. Est-ce équitable ? non.
Les carrières plates : depuis des années la pression sur les salaires a maintenu certains salariés au SMIC tout au long de leur vie professionnelle. Le niveau de leur pension va être très bas, ce sont les salariés qui ont généralement les métiers les plus difficiles, les inégalités sont cumulées. Est-ce équitable ? Non !
Les carrières morcelées : Avec pour les jeunes générations une généralisation de l'emploi précaire, avec des parcours professionnels qui passent de la fonction publique au salariat privé ou au statut d'auto-entrepreneur , il n'est plus pensable d'avoir des droits à la retraite morcelés pénalisant la mobilité professionnelle et les changements de statuts et ne donnant plus aucune visibilité aux salariés sur les droits qu'ils sont en train de se constituer !
S'y ajoute la question du maintien en activité des seniors et là nous ne voyons, pour l'instant, aucune amélioration . Résultat augmenter l'âge de départ à la retraite revient à réduire le budget retraite mais à augmenter le budget de prise en charge du chômage de longue durée ou celui des personnes mises en inaptitude pour des raisons de santé. Est-ce équitable ? Non !
Les carrières des femmes : la discrimination salariale dont elles font toujours l'objet , la difficile coexistence des impératifs familiaux et professionnels , la mobilité professionnelle subie qui pénalise dans le couple plus souvent le parcours professionnel féminin a une résultante que personne ne peut contester : la retraite moyenne mensuelle d'un homme s'établit à 1600€ et celle d'une femme à 1000€. Tant que cette discrimination de fait existera il faudra en compenser les conséquences sur les retraites des femmes !
En 2003 les mesures de départ anticipé à la retraite pour "carrières longues" défendues par la seule CFDT ont connu un franc succès.
Ce voyant, le gouvernement en a limité la portée par une simple circulaire prise le 25 Juillet 2008.
Cette circulaire applique aux carrières longues la prise en compte de l’année de naissance. De ce fait, ceux qui voudraient prendre leur retraite à partir de 2009 à 56 ans devront justifier de 172 trimestres (43 ans de cotisation) au lieu de 168 (42 ans). |
Les métiers pénibles : Tandis que les négociations sur la pénibilité au travail durent depuis trois ans et demi sans aboutir, la pénibilité des tâches use au point que l'espérance de vie à la retraite de celles et ceux qui la subisse est réduite de 7ans, et l'espérance d'une vie en bonne santé réduite de 10 ans.
La CFDT n'a cessé de dénoncer cette inégalité criante et a obtenu à ce titre le dispositif carrière longue (voir encart).
Site URI : on voit bien les enjeux, quels sont les points sur lesquels tu souhaites revenir ?
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