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Initiatives d'excellences - un problème de gouvernance de la recherche en Rhône-Alpes - avis de Juillet 2011Intervention de M. Pierre MENDIELA, au nom de la CFDTAinsi donc, les projets de nos universités rhônalpines, présélectionnés il y a quelques semaines, ne seront pas retenus dans cette première livraison des IDEX ! Nous nous félicitions alors de voir reconnue la qualité de l’enseignement et de la recherche que nos universités régionales avaient su mettre en oeuvre, sans pour autant partager l’enthousiasme, manifestement prématuré, des porteurs de projet. Et nous savons bien, pour l’avoir déjà abondamment dénoncé dans nos travaux préliminaires, que ce n’est sûrement pas par une quelconque insuffisance à ce niveau que les porteurs de projet ont péché, mais plutôt par la faiblesse des structures mises en place pour les porter. Certes, nos réponses régionales avaient le mérite d’inclure tous les établissements d’Enseignement supérieur de Rhône-Alpes, évitant ainsi l’écueil des laissés pour compte au bénéfice des centres prestigieux, alors que le principe même des IDEX consiste à ne retenir que quelques pôles privilégiés, aux dépens de tous les autres, au nom de la recherche de l’excellence. Excellence ? Sans doute !… Qui s’en plaindrait ? Mais pourvu que ce soit au sens de performance, et non de compétition sauvage, parce que c’est avant tout par la coopération que se bâtit l’excellence académique, coopération qu’il est urgent de promouvoir au niveau national, comme au niveau européen. A titre d’illustration, même s’il y a eu un vif débat et une forte concurrence pour déterminer leur implantation géographique finale, à Grenoble en définitive, c’est bien par la coopération scientifique et non par la compétition que sont nés l’Institut LAUE / LANGEVIN (ILL) ou encore le Synchrotron (ESRF) qui rassemble, autour d’un projet commun 21 pays européens…Deux exemples à méditer ! ! ! De plus, l'IDEX vient couronner le mille-feuilles de structures tous azimuts mises en place par les gouvernements successifs, structures dont on ne discerne toujours pas la cohérence….. Sans doute parce qu’elle en est totalement absente : ANR, AERES, Pôles de Compétitivité, RTRA, RTB, Instituts Carnot, Alliances, PRES, Plan Campus, Labex et leur cortège d’Equipex, IRT, IHU, SATT, IEED et aujourd’hui IDEX . …. Ouf ! ! ! ! Autant de structures qui se mettent en place avec des gouvernances resserrées excluant toute représentation des acteurs pourtant destinés à porter cette « excellence » et à la mettre en oeuvre. Elles manifestent d’ailleurs une tendance prononcée à se marcher sur les pieds, à consommer des moyens prélevés sur le budget des universités et des laboratoires, et à multiplier les appels d’offre qui amènent les enseignants-chercheurs à passer plus de temps à rédiger des demandes et à remplir des dossiers administratifs qu’à produire du Savoir et de la Connaissance. De plus, ces appels d’offres, par leur multiplication, accroissent la précarité grandissante des chercheurs par la prolifération des CDD qu’ils engendrent. Il serait grand temps d’arrêter cette course aux effets d’annonce, cette frénésie compulsive ! Il serait grand temps de redéfinir ce que nous souhaitons vraiment et de faire un bilan raisonné des structures mises en place, de leur coût humain et financier et surtout de leur efficacité. Et ce à partir d’une véritable évaluation, loin de l’« évaluationnite » pointilleuse et ubuesque de l’ANR, structure par ailleurs sans aucun contrôle, qui va demander de fournir des fiches de temps de travail dont l'unité de base sera de, je vous le donne en mille, 20 minutes, alors que dans le même temps le crédit impôt-recherche (plus de 5 milliards d’Euros sauf erreur), dont l’efficacité reste à prouver, est exempt de tout contrôle. Pour ce qui est du contenu et des objectifs des IDEX, il y aurait beaucoup à dire :
On peut légitimement s’interroger quand l’un des objectifs affichés par exemple dans l’IDEX grenobloise vise à passer de 5 publications dans…je ne garantis pas l’accent… NATURE par an à …. 10 d’ici 10 ans. On ne peut que constater qu’il y a là vraiment un problème de gouvernance, confirmé d’ailleurs par la piètre notation de Grenoble sur cet aspect lors de la présélection, et qui lui vaut sans doute aujourd’hui de n’être pas retenue. Et même si le caractère contraignant du calendrier peut expliquer la précipitation avec laquelle les projets se sont construits, dans l’urgence et sans réelle possibilité de procéder à de larges concertations, nous aimerions être certains que cette contrainte aura vraiment gêné les concepteurs. (Etait-elle d’ailleurs aussi involontaire qu’on veut bien nous le dire et n’y aurait-il pas là plutôt une méthode, de plus en plus fréquemment utilisée, visant à écarter les habituels empêcheurs de tourner en rond, je veux dire les organisations syndicales, bien sûr ? ) Mais ce sera sans doute là, encore du mauvais esprit de syndicaliste ! De fait, l'IDEX est pour l’instant piloté par un cercle très restreint d’initiés ! Il faut à tout prix sortir de cette situation propice à toutes les interprétations. On l’aura compris, pour la CFDT, les IDEX ne correspondent pas vraiment aux choix qui nous semblent indispensables pour conforter en profondeur le monde de la Recherche et de l’Enseignement supérieur et le rendre compétitif au plan international. Mais le train étant lancé, quelle position adopter devant cet état de fait ? Deux options s’offrent à nous :
Nous avons une conception autre de l’action syndicale ! Nous n’avons choisi ni le moment, ni l’objet, ni la forme que prendraient ces évolutions ? Soit ! Mais nous préférons à la CFDT prendre acte de la réalité telle qu’elle se présente à nous, ici et maintenant, et AGIR pour tenter de la modifier en l’orientant vers des perspectives plus acceptables pour l’ensemble de la communauté universitaire ! Pour essayer, sans rien masquer de nos critiques ni de nos analyses, de nous situer en terme de propositions visant à améliorer ce qui peut encore l’être, et redonner toute sa place au dialogue et à la transparence nécessaires pour entraîner l’adhésion de l’ensemble des acteurs, condition impérative pour que ces projets soient autre chose que de belles façades. Nos projets n’ont pas été retenus ? Et bien, osons le dire, tant mieux ! Faisons de cet échec, dont nous voulons croire qu’il ne sera que momentané, une force et utilisons ce délai pour reprendre les projets sous une forme plus acceptable, parce que plus partagée par l’ensemble de la communauté universitaire. C’est ainsi que nous avons proposé, notamment à Grenoble, que soit mise en place une structure participative de gouvernance qui aurait à connaître de l’évolution des projets en cours et de leurs conséquences sur l’ensemble des acteurs, structure qui pourrait associer les responsables de l’IDEX, des représentants élus des personnels et les Partenaires Sociaux, étrangement absents des projets. Nous avons également poussé concrètement cette proposition même si la forme n’en est pas encore arrêtée, en direction des Présidents des différents établissements parties prenantes de l’IDEX et nous avons le sentiment d’avoir été compris par certains d’entre eux. Gageons que ce premier échec rendra les autres responsables plus attentifs à nos propositions ! Nous testerons d’ailleurs concrètement, dans un très proche avenir, leur volonté réelle à ce sujet. Le poids du CESER et de son Président auprès de nos interlocuteurs pourrait faciliter la mise en place de telles structures dans les projets à venir et nous demandons au Président LACROIX d’agir rapidement dans ce sens, dès le vote du CESER acquis, sur la base du texte soumis à notre Assemblée ! En conclusion, pour que nos universités bénéficient de ces financements et malgré les critiques que nous avons formulées et qui restent d’actualité, aussi bien sur le principe même des IDEX que sur la manière dont elles se sont concrétisées en Rhône-Alpes, la CFDT approuve le choix d’un soutien, parce qu’il est assorti d’une contribution du CESER adressée aux acteurs régionaux pour leur permettre d’améliorer leur projet en prenant en compte les observations de la société civile qu’ils affichent par ailleurs l’ambition de servir. |