AVIS sur l'optimisation des écosystèmes d'innovation en Rhône-Alpes
Intervention de Mme PIEGAY, au nom de la CFDT
Monsieur le Président, Chers Collègues, De façon très pertinente, l’avis qui nous est soumis propose de définir l’innovation comme "l’usage social d’une invention".
"Il n’y a innovation que si l’application de l’invention rencontre un public, c’est-à-dire s’il répond à un besoin".
Usage social, rencontre d’un public, réponse à un besoin : on voit bien qu’on est loin d’une vision purement technocentrée de l’innovation qui découlerait mécaniquement de la recherche en sciences dures.
On ne peut se dispenser, s’agissant d’innovation, d’intégrer dans notre réflexion la dimension indispensable de l’innovation sociale, qui doit accompagner l’innovation technique, faute de quoi on tomberait dans une réponse impersonnelle de type simplement consumériste.
En effet, l’innovation sociale n’est pas un pur produit de l’esprit, la preuve : sur proposition des organisations syndicales le pôle de compétitivité TECHTERA va mettre en place un atelier de l’innovation sociale.
Le rapport aurait gagné à être plus explicite sur cette dimension incontournable comme l’on dit aujourd’hui. Mais si on retient une telle définition et donc qu’on en partage la vision, on voit bien que l’enjeu d’une politique de l’innovation n’est pas seulement le développement économique ;
au-delà même, c’est le développement de la société elle-même et des rapports entre les différents corps sociaux qui est en jeu.
A quels besoins de quel public pour quel usage va-t-on répondre ? Et comment y associer toutes les forces vives du monde de la recherche comme de celui de la production ? Le terme « optimiser » appliqué aux systèmes d’innovation pourrait laisser à penser qu’on est dans le domaine d’une rationalité de type mathématique, qu’on peut mettre en équation ou modéliser.
Il n’en est rien. Suivant la place qu’on fera dans l'écosystème aux différents groupes sociaux pour reprendre l’expression du rapport, c’est à tel type de besoin, à tel public qu’on répondra ou non.
Pour nous, c’est bien au sens d’orientation qu’il faut entendre optimisation.
A travers l’orientation des écosystèmes d’innovation, c’est bien le visage futur de notre société qui est en jeu. Ne nous y trompons pas.
Compte tenu de cet enjeu et compte tenu de la taille de la diversité et de la richesse en potentiel d’innovation de Rhône-Alpes, nous nous félicitons que le rapport insiste sur la vocation coordinatrice de la Région en matière d’écosystème.
Non pas d’abord dans une perspective opérationnelle ou d’efficacité, même si celles-ci sont essentielles, mais d’abord dans une perspective sociétale de philosophie partagée comme dit le rapport. Prise en compte de la dimension sociétale : « il n’y a pas d’innovation sociale sans adhésion du corps social ». Certes.
Mais attention : l’objectif n’est pas seulement, pas d’abord, d’éviter la résistance du corps social à une innovation qui lui préexisterait.
L’objectif est bien que son intégration dans l’écosystème fasse en sorte que les innovations répondent à ses attentes profondes.
L’adhésion nous sera donnée par surcroît ou en sera un produit fatal suivant l’image qu’on préfère.
On peut décliner cette préoccupation à tous les niveaux : attention par exemple à ce que les quartiers de l’innovation ouverts, soient bien ouverts à tout le monde.
Le regroupement de compétences et de moyen peut déboucher si on n’y prend pas garde sur une vision élitiste de l’ouverture qui aboutisse aussi à de l’exclusion ou de la marginalisation sociale de certaines couches de la population.
Tout le monde doit être concerné par l’expression des idées et la créativité.
Il faut réfléchir aux méthodes et aux moyens, mais c’est d’abord une question de volonté. « Le citoyen est pleinement partie prenante de la dynamique des écosystèmes d’innovation » dit l’avis.
N’oublions pas que derrière le terme générique de citoyen, il y a les citoyens, et les citoyennes, dans leur diversité et leurs contradictions sociales. D’où l’importance aussi des sciences humaines et sociales. Leur capacité à s’inclure dans les écosystèmes d’innovation est vitale ; elle est tout sauf évidente et constitue en soi un objectif.
Nous nous réjouissons également, côté CFDT, de l’insistance du rapport sur la place à faire aux jeunes dans les écosystèmes d’innovation, sur la culture de l’innovation et de la créativité à insuffler. Là aussi n’oublions pas que cette préoccupation doit concerner tous les jeunes et pas seulement les bac plus 5 ou plus 7.
Voilà les quelques points de vigilance que nous tenions à rappeler avant de nous féliciter d’un rapport d’une telle qualité et qui nous l’espérons influencera positivement les politiques régionales.
Nous tenons à remercier François Guillemin, Dominique Chabert et la commission pour leur travail. La CFDT votera ce projet de contribution.