Stratégies régionales 2011-2015 : de développement économique et d'innovation (SRDEI), de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation (SRESRI)
Intervention de Jean ELDIN , au nom de la délégation CFDT
La crise financière, économique et sociale sans précédent a pesé et pèse encore sur l'activité de notre région, malgré un redressement progressif constaté.
Les conséquences sont grandes : selon l'URSSAF, l'industrie régionale a perdu plus de 24 000 emplois entre 2008 et 2009 ! Hausse de la précarité, du chômage, de l'exclusion, augmentation des inégalités, fragilisation du tissu économique régional, très forte hausse des fermetures d'entreprises y compris dans des secteurs solides … La récession a touché les services, mais dans une moindre mesure.
Cependant, on peut prévoir que les conséquences de cette récession seront lourdes en 2011 dans le secteur de l'économie solidaire et surtout pour les associations d'aide à la personne lesquelles, avec la loi de finances 2011, risquent de licencier un grand nombre des 20 000 salariés en Rhône-Alpes.
La suppression d'autres niches fiscales aurait eu moins d'effet négatif, en particulier celle concernant les heures supplémentaires.
Nombreux sont les observateurs et nous en sommes, qui dénoncent le fait que très peu de leçons soient aujourd'hui tirées pour l'avenir. C'est dans ce contexte que la Région construit ses stratégies de développement économique et d'innovation SRDEI, de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation SRESRI.
Les textes proposés prennent en compte les éléments essentiels de constat et d'analyse souvent partagés par la CFDT ; cependant, nous avons noté une sous-estimation des aspects nationaux, européens et internationaux (mondialisation) ainsi que ceux de précarisation et d'externalisation de l'emploi en forte hausse, de même que l'absence critiquable de leviers de mise en oeuvre incontournables, parfaitement identifiés par le projet d'avis que nous examinons : l'international, le numérique, les mutations environnementales.
Nous apprécions le fait que l'avis du CESER soit unique pour les deux stratégies attestant ainsi du lien et de l'interdépendance entre entreprises, recherche et enseignement supérieur, ce que l'avis appelle le triangle de la connaissance.
La CFDT est d'accord avec les commentaires et propositions faits dans le projet d'avis ; néanmoins, nous voulons mettre l'accent sur quelques aspects pour les deux stratégies. Sur les commentaires ciblés de la SRDEI : La vision stratégique doit être de long terme dans une économie court termiste ; comment y arriver ?
Certains moyens essentiels pour atteindre les objectifs visés sont mal identifiés, d'où l'intérêt du suivi et de l'évaluation. Les modalités de la gouvernance doivent être précisées autour d'une approche partagée de la stratégie et une dynamique collective dans laquelle les partenaires sociaux doivent avoir leur place.
La croissance de l'économie rhônalpine est un sujet important, elle doit être traitée dans la stratégie, du fait qu'elle conditionne le développement économique et l'emploi et aussi parce que la croissance doit être raisonnée vers un modèle de développement respectueux de l'environnement, du développement durable et de la biodiversité.
Concernant le dialogue social, le texte régional aborde les données essentielles. Le projet d'avis du CESER est un peu bref sur le sujet, notre assemblée devra approfondir sa réflexion, elle pourrait proposer une évaluation des travaux de la Commission PERIC, des CSP en place dans le textile, la chimie, la plasturgie et des CTEF qui abordent le renforcement du dialogue social dans les TPE- PME. Les pôles de compétitivité doivent jouer un rôle plus important dans les domaines sociaux et territoriaux (la commission PERIC doit être vigilante).
Le pôle régional d'orientation financière préconisé par notre assemblée en novembre 2010 doit être un levier pour le financement de l'innovation en particulier pour les TPE- PME. L'innovation, la stratégie régionale d'innovation est aussi pour nous le socle des deux stratégies du Conseil régional. Elle est déterminante pour maintenir ou développer l'emploi.
Nous appuyons une approche globale de l'innovation trop souvent conçue dans le seul domaine technologique alors qu'il est indispensable d'innover dans l'organisation du travail, les relations sociales, la formation et la gestion des ressources humaines et des compétences, l'identification des besoins des usagers, la construction de la décision en entreprise, le management.
Sur les commentaires ciblés de la SRESRI, nous sommes en accord avec le projet d'avis et formulons quelques remarques complémentaires :
Comme le souligne le projet d'avis, tenir les deux bouts de la chaîne entre pôles d'excellence et pôles de proximité est une stratégie dynamique. Sur le chapitre Sciences et Société, si le constat initial paraît largement partagé, il nous semble que le schéma de mise en oeuvre des actions nécessaires pose plus problème.
Plutôt que de définir des feuilles de route pour les différents acteurs et segmenter les interventions (diffusion des connaissances par les universitaires et chercheurs, identification de la demande sociale centrée sur la démarche du cluster 14, médiation- « si nécessaire » - par des Centres de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI), les associations etc.), l'expérience a montré qu'il serait plus pertinent que la Région aide des actions communes à tous et encourage des programmes de coopération à moyen et long terme entre les acteurs.
La CFDT soutient une nouvelle relation Sciences et Société ;
celle-ci demande une implication réelle des chercheurs et des citoyens. Plus particulièrement sur les CCSTI de la Région, ne faudrait-il pas en finir avec cette illusion selon laquelle ils pourraient être mis au même rang ? En regardant les choses en face, plusieurs d'entre eux, même s'ils font un excellent travail de vulgarisation scientifique, ne remplissent pas les critères habituels (financiers, de potentiel humain...) qui permettent aux authentiques CCSTI de remplir leurs fonctions de capacités d'ingénierie culturelle, de formation, de recherche et développement, etc... Ces deux types de CCSTI ne peuvent pas remplir les mêmes fonctions. Il est surprenant que ne soit jamais mentionné le projet de Musée des Confluences ; si ce projet réussit ce musée sera une pièce incontournable pour la problématique « Sciences et Société » tant sur le plan politique et fonctionnel que pour la mobilisation financière massive qu'il exigera. S'il échoue, cet échec rejaillira sur l'image de l'intervention publique dans ce domaine.
Enfin, pour répondre aux difficultés d'insertion professionnelle des jeunes docteurs, les établissements d'enseignement supérieur doivent veiller à améliorer la professionnalisation de leurs doctorants. La CFDT votera l'avis.