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9 Novembre 2010

Le volet formation du soutien à l'économie rhônalpine

Intervention de Pierre MENDIELA au nom de la délégation CFDT

L’avis sur lequel nous avons à nous prononcer rend hommage, à juste titre, à la rapidité de réaction de la Région, et des autres acteurs, Etat et partenaires sociaux, face à la crise qui frappait durement un certain nombre de nos territoires de Rhône-Alpes.

Il paraît donc aujourd’hui nécessaire de se pencher sur ce qui a été accompli, non point pour en faire un bilan critique, mais pour en tirer un certain nombre d’enseignements utiles pour l’avenir.

En effet, si les mesures engagées ne visaient qu’à permettre à l’orage de passer, sans entraîner de modifications structurelles en matière d’anticipation, de management, de gestion territoriale des emplois et des compétences (GTEC), de dialogue social territorial, elles ne construiraient rien sur le long terme.

Nous aurions alors dépensé beaucoup d’argent et d’énergie pour un résultat assez peu convaincant. Mais c’est de notre point de vue, le rôle de la Région que d’oeuvrer à préparer durablement l’avenir.

Dans un rapport de notre institution, en octobre 2007, intitulé « Entreprise, Territoire et Emploi », nous fixions déjà à la Région le rôle d’« ensemblier », dans le paysage économique et social de Rhône-Alpes. Elle avait vocation, nous semblait-il alors, à « mobiliser l’ensemble des acteurs et compétences nécessaires pour que l’action commune puisse se dérouler, sans pour autant en assurer le maîtrise d’ouvrage ».

C’est ce qu’elle est parvenue à réaliser, avec plus ou moins de succès, dans les exemples que je vais rappeler. Et de ce point de vue, à la diversité de nos territoires Le volet formation des mesures de soutien à l'économie correspond une diversité de réponses, les unes, porteuses d’avenir, apparaissant en creux comme le contre-exemple des autres.

Alors que dans le Roannais se signait une charte partenariale regroupant les organisations syndicales de salariés, les syndicats patronaux, les OPCA, l’Etat, la Région pour « Former plutôt que licencier », alors que sur le pôle plasturgie d’Oyonnax, on se dotait d’un comité stratégique prospectif qui mettait en place un dispositif multi-partenarial comprenant une plate-forme de mobilité, un « radar » économique, et une structure territoriale de dialogue social dans le Haut-Bugey, le décolletage, dans la Vallée de l’Arve apparaît comme l’exemple de ce qu’il faudra éviter de reproduire.

Certes, la Région a, là aussi de manière volontariste et c’est tant mieux, dépassé le champ de ses compétences propres….sans pour autant réussir à fédérer l’ensemble des acteurs de ce territoire. A aucun moment, aucun des intervenants n’a eu une vision claire, globale de l’action qui pourtant se voulait territoriale et commune mais qui n’a jamais été pilotée en tant que telle.

La priorité étant de sauver le décolletage, on a presque totalement ignoré l’aspect de la mobilité interprofessionnelle et les réponses possibles à trouver dans le territoire et ses propres besoins.

Au-delà de l’avenir du décolletage, c’est bien le futur de la Vallée de l’Arve qui reste posé.

Nous soulignions en 2007, dans le rapport déjà cité, le fait que la volonté commune ne saurait suffire et nous souhaitions à cette époque déjà que « dans l’espace régional, l’ensemble des acteurs, Etat, Région et partenaires sociaux s’attachent à travailler sur des éléments de méthode qui fondent les bonnes pratiques partenariales….et se basent non plus sur la gestion de dispositifs, mais sur une méthodologie de projet ».

Il a manqué de manière évidente ce lieu de pilotage commun aux trois acteurs, et sans doute faudra-t-il en tirer la leçon dans d’autres circonstances, en terme de dialogue social territorial.

L’IGAS par la voix de Philippe DOLE souligne l’implication notoirement insuffisante des préfets, des élus, des partenaires sociaux dans le pilotage de plan de soutien de ce type.

En ce qui concerne les organisations syndicales de salariés, la CFDT ne se sent pas visée par la critique, puisqu’elle recoupe nos demandes, toujours sans réponse, de pilotage territorial de l’ensemble des acteurs lorsque nous sommes confrontés à de telles difficultés, et notre critique rémanente d’une absence de coordination.

Dans l’esprit qui a conduit à la signature d’une Charte de Contractualisation organisant les relations entres les partenaires Etat, Région, branches professionnelles, il est de la responsabilité de la Région de s’assurer, lorsqu’elle tente de fédérer les acteurs d’un territoire, que TOUS les acteurs sont bien présents, à égalité de responsabilité, autour de la table, que le dialogue social territorial est bien réel, ce qui de façon systématique n’a pas été le cas sur ces opérations.

C’était le projet initial des CTEF, dont nous ne savons plus trop aujourd’hui, compte-tenu de l’opposition de l’Etat et de ses contre-propositions, quel en sera l’avenir.

Chacun a oeuvré dans sans coin sans qu'une synergie réelle s'engage entre les différents dispositifs, pôle de compétitivité compris, et l’étude que notre commission a menée souligne avec raison l’assemblage disparate de dispositifs multiples, le plus souvent plaqués sur une réalité qui échappait aux décideurs.

Parce que…

Le fond des enseignements à tirer de cette période agitée, il est bien là, dans l’incapacité des ces décideurs à anticiper une réalité qu’ils se refusent à regarder en face.

A qui fera-t-on croire que par exemple, la chute brutale de l’activité dans la Vallée de l’Arve de l’ordre de -70% en octobre 2008, de -50% jusqu’en juin 2009, était imprévisible, alors que nos organisations syndicales s’inquiétaient depuis longtemps d’une situation qu’elles sentaient venir, sans bien sûr être entendues ?

Je rappellerai ce que dit l’un des salariés auditionnés « On a attendu la crise pour nous former ». Et quelle formation ! Dans la plus complète improvisation, confirmée par les organismes de formation qui regrettaient l’absence totale d’animation territoriale entre les acteurs concernés et leurs organismes.

Les auditions que nous avons menées dans le cadre de la commission mettent en évidence dans ce territoire le manque d’information et donc la méconnaissance des dispositifs existants, des formations le plus souvent sans rapport avec la montée en compétences des salariés, ni avec leurs besoins, ni avec ceux des entreprises ; des formations ressenties comme occupationnelles, sans perspectives d’avenir, sans objectif réel d’où leur peu de crédibilité.

D’où également le fort décalage souligné par le rapport entre les importants moyens financiers consacrés à la formation lors de ces opérations et la réticence avec laquelle elle est perçue par les premiers intéressés. Comment s’étonner ensuite de leur peu d’appétence pour la formation, dont ils se sentent objets plus que sujets ? L’absence d’anticipation à un coût, et il n’est pas seulement financier.

Le fond des enseignements à tirer de cette période agitée, il est aussi là, dans le refus du dialogue social territorial, inexistant dans la Vallée.

Quand le commissaire à la Ré-industrialisation Gérard CASCINO déplore publiquement que lorsqu’il évoque avec des employeurs de la Vallée de l’Arve la nécessité du dialogue social territorial, certains d’entre eux s’étouffent encore d’indignation, on comprend mieux que dans ce territoire, les actions entreprises par les uns ou les autres n’aient eu que des effets tout relatifs

Pour nombre d'employeurs, de consulaires et même d’acteurs politiques, le dialogue social n'apparaît toujours pas comme un élément de la performance économique. Il est mis en place sous la pression intéressée du politique et sans grande conviction. On veut bien des organisations syndicales de salariés… mais comme une caution de bonnes décisions, pas comme un élément important de celles-ci.

Il reste donc beaucoup à faire dans ce domaine ! Et c’est un des rôles de la Région que de favoriser par tous les moyens à sa disposition, l’instauration d’un véritable dialogue social dans nos territoires, y compris en y conditionnant ses financements.

Il faut que chacun sache bien que l’on ne décidera pas de l’avenir des salariés sans qu’ils aient leur mot à dire, et sans qu’ils soient partie prenante aux décisions les concernant, pour éventuellement les approuver s’ils y ont participé, pour les contester voire pour les combattre si elles ont été prises sans eux.

On aura compris que l’ensemble des préconisations du rapport allant dans le sens des observations que je viens de formuler, la CFDT votera l’avis. Je vous remercie de votre attention.