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La santé des jeunes et des seniors rhônalpins

Intervention de Marie-Jo PIEGAY , au nom du groupe CFDT

Alors que nos sénateurs se livrent en ce moment à leur gymnastique budgétaire annuelle autour du projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2011, avec au final une adoption sans discussion des mesures dites réglementaires, portant néanmoins sur 340 millions d’euros de transferts vers les ménages et les complémentaires santé, notre assemblée examine aujourd’hui le projet de contribution de la commission 5 sur la santé des jeunes et des personnes âgées en Rhône-Alpes.

C’est avec une très grande satisfaction que la CFDT accueille ce rapport bien en phase avec la tonalité des débats très riches et souvent passionnés qu’il a suscités. En toile de fonds de cet avis, bien évidemment : la création des ARS (Agences régionales de santé) à qui la loi HPST (Hôpital-patientsanté- territoires) confie la mission de territorialiser les priorités de santé.

Notre contribution doit-elle être une opportunité à saisir pour faire passer nos messages sur les besoins de santé des Rhônalpins ? Le rapport d’emblée donne le ton « à partir des bonnes pratiques repérées dans les territoires, cette étude doit permettre au CESER de se mettre en position de contribuer à la définition des priorités de santé de 2011 ».

Côté méthodologie, ce n’est donc qu’à l’aune de la proximité et du quotidien, sans se perdre dans le maquis des définitions du territoire de santé, au plus près des parcours de santé, et des bassins de vie que doivent être pointées les bonnes pratiques et donc les pistes d’améliorations.

Ces objectifs joints à la volonté affichée de partir du concept de la santé telle que définie par l’OMS nous semblent plein de bon sens, celui la même dont Descartes disait qu’il est la chose au monde la mieux partagée ! Avant 1946 et la définition de l’OMS, la santé, c’était le « silence des organes ». La définir comme « un état de complet bien être physique, mental et social » a constitué une véritable avancée dans une vision plus construite de la santé, celle-là même qui permettra 40 ans plus tard à la Charte d’Ottawa de voir dans une bonne santé : « une ressource majeure pour le progrès social, économique et individuel dont les conditions préalables sont : la paix, un abri, de la nourriture et un revenu ».

Pour la CFDT, dans un contexte d’inégalités structurelles en matière de santé amplifiées par la crise, il est important de réinscrire en urgence, aujourd’hui, sur nos tablettes, ces fondamentaux.

Pour les jeunes d’abord pour qui, comme le note l’avis avec beaucoup de justesse, le contexte familial et son ancrage dans le contexte social est primordial : quand la famille va mal, l’adolescent va mal aussi. Aujourd’hui, un enfant ou un jeune de moins de 20 ans sur dix bénéficie de la CMU-C Il est issu le plus souvent d’une famille monoparentale avec un niveau de revenus inférieur à 951 € par mois !

La santé des jeunes a fait l’objet de ciblages réguliers. La prévention de la souffrance psychologique et du mal être des jeunes figurait en bonne place dans le plan régional de santé publique arrête en septembre 2006. Et il y a tout juste un an un colloque organisé par la Mutualité en partenariat avec la Région pointait les difficultés des jeunes à s’inscrire dans un parcours de santé.

Aujourd’hui encore, notre contribution relève en amont les difficultés de la prévention scolaire, et l’augmentation de la souffrance psychique des jeunes sous l’influence de différents facteurs que sont « la solitude et l’isolement, les études, l’emploi et plus généralement la perception négative de l’avenir ».

Elle montre également une augmentation des tentatives de suicides et notamment dans les milieux défavorisés.

Cette souffrance n’est elle pas le signe qu’il faut prendre très au sérieux ce cri d’alarme lancé dernièrement par l’Organisation internationale du travail, sur « le risque d’une "génération perdue", constituée de jeunes gens qui sont totalement détachés du marché du travail et ont perdu tout espoir de pouvoir travailler pour gagner décemment leur vie» ?

Quant aux personnes âgées, le constat est tout aussi lourd : pénibilité au travail et absence de prévention, tout au long de leur vie, nos aînés ne profitent pas toujours en bonne santé de leurs gains d’espérance de vie !

En établissement, les tarifs d’hébergement qui varient d’un établissement à l’autre font supporter aux familles des restes à charge de l’ordre de 1 300 € en moyenne, en décalage avec les niveaux moyens de retraites.

Les effectifs mériteraient d’y être renforcés. Il n’est de mois où des actions de maltraitance font la une de la presse, ou sont révélés sous la pression des personnels qui réclament plus de moyens comme c’est le cas ces dernières semaines, dans un établissement d’un grand groupe à Lyon.

C’est pourquoi encourager les bonnes pratiques et veiller au respect des droits des usagers passent comme le souligne le rapport par des ratios de personnel adaptés aux besoins et au renforcement des équipes médicales et paramédicales.

De même le maintien à domicile, alternative à l’hébergement choisi par la personne et les familles suppose un développement et une professionnalisation accrue des métiers d’aide à domicile.

Là encore le rapport décrit le mélange des genres entre l’aide médico-sociale et les différentes gammes de services à la personne, la difficulté de financement des structures d’aide à domicile et la précarité des personnels en manque de reconnaissance ! Dans ce paysage où les droits se restreignent, où les patients perdent faute de moyen la notion du soin et des parcours de soins, la contribution se met en repérage de bonnes pratiques et de bons outils ;

nous n’en citerons que quelques uns :

 les permanences d’accès aux soins adossées le plus souvent aux établissements hospitaliers pour l’accueil des publics précaires et qui pour certaines, c’est une de nos préconisations être couplées aux maisons de santé
 les centres d’examen de santé de l’Assurance maladie qui effectuent des examens périodiques de santé gratuits en priorité pour les plus précaires et qui se spécialisent dans la prévention des chutes et des pathologies neuro-dégénératives chez les personnes âgées
 les maisons des adolescents qui effectuent l’accueil des jeunes de 12 à 18 ans avec tout un travail d’accompagnement éducatif et social
 Les maisons de santés pluri-professionnelles, comme celle des VANS que nous sommes allés visiter en 2009, qui pallient l’insuffisance de l’offre médicale et paramédicale. Mais la vigilance s’impose dans cette période de réformes et la future loi sur le 5ème risque pourrait bien sonner le glas de l’APA (l’Allocation personnalisée d’autonomie) dans sa formule actuelle, le dernier rapport sur la dépendance celui de madame ROSSODEBORD préconisant de restreindre les prises en charges de l’APA sur les cas de dépendances les plus lourds et de rendre obligatoire dès 50 ans une assurance dépendance personnelle !

Nous avons bien conscience que la viabilité économique des systèmes de santé doit être garantie en permanence mais pour ne pas répéter le ratage de la réforme des retraites, comme le fait remarquer très justement le journal Alternatives économiques dans un article de Guillaume DUVAL son rédacteur en chef : « S'il faut pour cela changer les règles du jeu, il faut obliger le gouvernement à une négociation préalable avec les partenaires sociaux.

Il faut probablement aussi une majorité qualifiée qui excède la majorité simple au sein des assemblées parlementaires afin d'obliger le pouvoir, quelle que soit sa couleur, à rechercher des consensus larges quand il veut faire évoluer ces éléments centraux du vivre ensemble ».

C’est ce vivre ensemble que nous défendrons bec et ongles, coté CFDT, Sur la santé, sur la dépendance ou sur l’emploi dans les mois qui viennent !

Nous félicitons Antoine qui a su de nos débats ne retenir que le meilleur dans cette très bonne contribution et Frédérique, qui en nous écoutant avec beaucoup de patience, a su donner du sens et de la justesse à nos propos. Il va sans dire que la CFDT se retrouvant bien dans cet avis le votera. Merci de votre attention.