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La Cfdt Rhône Alpes en réflexion : INDIVIDUALISME ET SOLIDARITÉ

 

Les intervenants :

  • Pierre Brechon - Directeur de Science Po Grenoble
    auteur de "l’individualisation des valeurs";
  • Jean-Paul BOUCHET : Secrétaire général de la CFDT Cadres.
  • Francis Ginsbourger - Intervenant dans les organisations , auteur de "Ce qui tue le travail"
  • Alain Mergier - Sociologue , auteur de l'ouvrage : "Le descenseur social".
  • Gaetan de Sainte Marie : centre des jeunes dirigeants d'entreprises - "de l'entrepreneur solitaire à l'entrepreneur solidaire ou l'économie au service de l'homme".
  • Pierre Papon - Directeur de Développement Domplus
  • Cloture Laurent BERGER Secrétaire National et Elisabeth Le Gac Secrrétaire Générale de l'URI CFDT Rhône-Alpes.

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Construire des solidarités dans les entreprises peut sembler difficile compte tenu de "l'individualisme" des salariés d'une part, des nouvelles organisations de travail qui les isolent d'autre part.

De fait, le travail collectif tend à disparaître. Ce n’est plus la performance de l’équipe de travail qui est mesurée, mais la performance individuelle dans un contexte normé.

Chaque tâche est cadrée, normalisée, planifiée, sans que l'on ait pris en compte l'avis de celles et ceux qui appliqueront ces procédures.

L'application stricte de la norme impacte négativement le besoin de se réaliser dans le travail quotidien qui habite chacun et les modalités actuelles d'organisation du dialogue social dans l'entreprise ne peuvent apporter que des réponses insuffisamment adaptées.

Organiser concrètement des solidarités opérationnelles entre salariés ou services c'est sortir du cadre et affirmer le contre-pouvoir syndical, comment s'outiller à cette fin ?

Comment tenir compte des aspirations individuelles tout en réintroduisant des solidarités collectives régulatrices, tel était le moment de réflexion proposé par la CFDT Rhône-Alpes.

Les nombreuses interventions ont maintenu l'auditoire en haleine et ont trouvé une application immédiate au sein des ateliers de réflexions ce qui a d'ailleurs grandement contribué à la réussite de la session.

Ainsi en a-t-il été de la suggestion de Gaétan de Sainte Marie d'utiliser en synthèse de toute séance de travail les verbes suivants : "j'ai aimé , j'ai appris, je m'interroge, je suggère" pour sortir de l'effet loupe sur ce qui ne va pas.

De fait Alain Mergier, sociologue, dont le regard sur nos échanges a été grandement apprécié tout au long des travaux nous faisait-il remarquer que 86% des jeunes estimaient pouvoir trouver leur place au sein du monde du travail tel qu'il est. Etre syndicaliste c'est aussi voir ce qui est apprécié positivement.

Dans les études de situation de terrain, ce travers nous amenait à oublier de mettre l'accent sur les 70% de salariés de TRANSCOMWW qui avaient apprécié l'accord signé par les organisations syndicales pour la sauvegarde de leur entreprise même si bien évidemment l'avis des 30% de personnes mécontentes était à prendre en compte.

Jean-Paul BOUCHET appelait d'ailleurs à une "reconstruction permanente et collective du bien commun" au sein des entreprises et services.

Cette recontruction permanente ne peut se satisfaire du fait que perdurent des accords qui, adaptés à un moment donné à leur contexte (difficulté économique et restructuration), perdent au fil du temps leur rationalité d'origine (TRANSCOM WW). On ne peut se dispenser d'un questionnement sur les finalités de l'organisation du travail mise en place (quelle clientèle est recherchée) et d'un questionnement des salariés sur leur vécu personnel par rapport à celle-ci.

Exposées par Alain Mergier, les définitions sociologiques de "la personne" d'une part , avec sa biographie, son entourage, ses habitudes de vie et de "l'individu" d'autre part comme membre d'un collectif au sein duquel il est détenteur de droits : droits du consommateur, droits du salarié ont permis de comprendre pourquoi 30% des salariés ne se retrouvaient pas dans l'accord signé.

Le syndicaliste est un "intermédiateur" précisait Pierre PAPON de DOMPLUS : il part de la situation dont fait état la personne et la conduit à pouvoir de façon autonome mettre en oeuvre ses droits individuels. Le caractère émancipateur du syndicalisme est une dimension trop peu mise en évidence auprès des jeunes générations notamment dont c'est une des aspirations.

Sur le dossier TRANSCOM WW Francis Ginsbourger faisait également remarquer que l'on ne s'était pas interrogé sur "la recherche d'une clientèle nouvelle, à l'origine de la restructuration " . La légitimité syndicale ne se trouve pas que dans le social mais aussi dans l'économique et notamment par l'élaboration de contre-projets industriels relevait-il (ALCAN en Maurienne en est un exemple ) .

La légitimité syndicale va jusqu'au questionnement sociétal ajoutait Jean-Paul BOUCHET : il faut dépasser "l'opposition fictive entre usagers ou clients et salariés" , il n'y a pas "LE client" il y a "des catégories diverses de clients" , il n'y a pas un salarié type" mais des catégories de salariés dont les aspirations ne sont pas les mêmes et évoluent (pour le cas soumis à notre sagacité d'une augmentation des temps d'ouverture au public dans une agence bancaire)

Sur la question des délocalisations dont Francis Ginsbourger est aussi un spécialiste, l'anticipation gagnerait à des accords de méthode d'une validité de deux à trois ans permettant de trouver pour chacun un reconversion choisie et non subie fondée sur des savoir faire qui ont été jusqu'à présent insuffisamment exploités . (LEJABY)

Et la place du comité d'entreprise dans ce contexte ? elle doit sans doute être revisitée : un budget d'oeuvres sociales ne devrait-il pas prendre en compte le besoin des salariés de réorienter leur vie professionnelle suivant leurs aspirations en les aidant financièrement dans cette démarche ?

Si le monopole de l'économique n'appartient pas aux employeurs, le monopole du social n'appartient pas non plus aux organisations syndicales (centre des jeunes dirigeants d'entreprise) de fait, une synergie devrait pouvoir être recherchée.

"Le travail devrait pouvoir être à la carte dans un cadre négocié" ce qui suppose que les équipes syndicales prennent confiance dans leurs potientialités pour élaborer un projet, ne se laissent pas phagocytées par les "experts" , utilisent les espaces existants et ouvrent des espaces nouveaux d'échanges avec les salariés directement concernés.

En conclusion "l'individualisme" qui contrarie plus d'un syndicaliste s'avère avoir grandement souffert de son usage médiatique : égoïsme, défense d'intérêts particuliers alors que la définition sociologique de l'individualisation est la dynamique qui rend la personne plus autonome et s'il y a bien un processus dans lequel les organisations syndicales ont toute leur légitimité, c'est celui-là.