RASSEMBLEMENT DES DELEGUES DU PERSONNEL SAINT ETIENNE 13 OCTOBRE 2005

Conclusion François Chérèque

Au terme de cette journée, je crois pouvoir dire que nous avons atteint notre objectif de mieux nous connaître, de témoigner et d'échanger sur votre action, de réfléchir et de débattre pour nous renforcer et aller plus loin ensemble.

Je vous avais annoncé ce matin que plus de cent rencontres comme celle-ci se tenaient aujourd'hui partout en France, ce sont plus de 8000 élus DP CFDT qui, comme vous, se sont rassemblés et ont ainsi montré la force et la vitalité de la CFDT, d'une CFDT présente sur le terrain, d'une CFDT déterminée dans son action, d'une CFDT fière des résultats qu'elle apporte aux salariés.

Oui, cette journée est un évènement important pour toue la CFDT et pour plusieurs raisons:
La première, je vous l'ai dit ce matin, c'est que la CFDT au quotidien, sur le lieu de travail, c'est d'abord vous, les délégués du personnel.

Vous êtes les premiers représentants de la CFDT dans le monde du travail, au contact des salariés. C'est vous qui êtes dans l'entreprise à l'écoute de leurs inquiétudes, de leurs difficultés. C'est de vous qu'ils attendent des réponses à leurs problèmes individuels.

La deuxième, c'est que cette relation forte et particulière qui fait de vous le premier lien de la CFDT avec les salariés s'appuie sur une double légitimité.

Celle de l'élection d'abord, les salariés vous ont choisi, ils vous ont élu parcequ'ils vous font confiance, parceque vous êtes un ou une collègue de travail capable de les représenter et qui connaît et comprend leurs problèmes.

Il s'agit donc d'être aux cotés des salariés et de répondre à leurs demandes, mais pas seulement. Car être délégué du personnel CFDT, cela veut dire aussi autre chose. C'est avoir la légitimité syndicale, c'est construire des réponses en fonction des valeurs, des idées, de la façon de penser de la CFDT en particulier sur les éléments du travail, du contrat de travail et tout ce qui intéresse le salarié dans sa relation au syndicat.

Si les salariés ont fait le choix de la CFDT, ils ne l'ont pas fait par hasard ni par défaut . Alors montrons leur qu'ils ont eu raison.

La troisième raison c'est notre présence dans les petites entreprises, là où les inégalités sont les plus fortes, les salariés les moins informés et souvent les plus fragilisés.

Nous avons un vrai problème dans les petites entreprises. Dans les moins de 10 salariés il n'y a pas de délégués du personnel. Entre 10 et 50, nous avons les DP, malheureusement pas toujours.

C'est aussi pour cela que nous sommes opposés à la modification des seuils décidée par le gouvernement au motif de l'embauche des jeunes, car il y a déjà si peu de représentation dans les petites entreprises. Les DP sont, je devrais dire, "il est" le seul représentant des salariés.

Seul, pas vraiment car il est en lien avec le reste de l'organisation, il fait partie du collectif, d'une section syndicale, d'un syndicat professionnel, d'une fédération et de la confédération.

Cela est fondamental dans la construction de notre syndicalisme. Comment peut-on avoir une bonne analyse du travail, une bonne critique de la société, sans les représentants de terrain que sont les délégués du personnel.

C'est ce lien que nous devons renforcer dans toute la chaîne syndicale. A la proximité du salarié, il faut associer la proximité du délégué du personnel avec tous les responsables de la CFDT, à tous les niveaux.

Nous avons besoin et j'ai aussi besoin, moi, d'avoir des remontées régulières de la part des militants ou des militantes.

C'est un élément important, car nous ne sommes pas un laboratoire d'idées détaché des réalités, nous ne sommes pas non plus un syndicat corporatiste, qui n'a pour préoccupation et ambition que la défense d'un métier ou d'une profession.

Cette défense des salariés nous l'inscrivons dans une vision plus large de la société, dans une conception des changements, des luttes contre les inégalités qui n'est pas liée uniquement à une corporation, mais qui est liée à l'ensemble du salariat français.

C'est pour cela que nous sommes une confédération. C'est cela le "plus" confédéral, qui fait qu'on n'est pas isolé dans son entreprise ou sa profession.

Enfin le dernier élément essentiel de cette journée dont nous avons débattu cet après midi, c'est bien sûr la syndicalisation.

La démarche d'adhésion tout le monde sait que c'est d'abord dans le contact direct avec les salariés qu'elle se crée. Elle se fait dans l'entreprise, avec les élus de terrain, le délégué du personnel, les élus du comité d'entreprise, c'est un travail collectif animé par le délégué syndical ou le responsable de la section syndicale.

Je suis persuadé que les adhésions que l'on fait, et qui reprennent depuis quelques mois à la CFDT, c'est là qu'elles se font parce que c'est dans la réponse de proximité que le salarié reconnaît le syndicat.

"t'es un chic type, tu m'as aidé, t'est une fille dynamique, t'a réussi à avoir des résultats pour moi, donc j'adhère à ton syndicat".

C'est ensuite, quand un vrai contact est noué avec le délégué du personnel et avec la section syndicale que peut s'engager de véritables échanges avec l'adhérent sur nos conceptions de l'évolution de la société et de la lutte contre les inégalités. C'est à ce moment là que s'installe avec l'adhérent un lien de durée qui fait qu'il reste à la CFDT, qu'il décide de s'impliquer dans le collectif.

Notre premier travail de syndicalistes est donc d'être à l'écoute de ce que vivent les salariés, de permettre l'expression de leur mécontentement et de leur inquiétude, de leur difficultés et de leurs demandes. Un récent sondage auprès des français et des salariés met la CFDT en première place de leur confiance et de leurs attentes.

Mais notre travail de syndicaliste CFDT ne s'arrête pas là. Il a aussi pour ambition de leur redonner espoir et confiance en l'avenir.

Pour cela, nous devons avec eux construire une nouvelle critique sociale, dire ce qui ne va pas dans cette société, ce qui n'est pas acceptable et ce que nous voulons changer.

Pour peser sur les changements, pour obtenir des résultats, il ne suffit pas de dénoncer, il faut se mobiliser, il faut proposer, il faut s'engager.

C'est cela la stratégie de transformation sociale de la CFDT. C'est cette volonté continue d'apporter des réponses concrètes aux salariés. C'est cette détermination qui guide l'action de toute la CFDT.

La semaine dernière, à l'appel commun de toutes les organisations syndicales, vous avez participé à la réussite du 4 Octobre.

Vous le savez, la CFDT a voulu mobiliser le maximum de salariés, notamment ceux qui sont en première ligne face aux récentes mesures gouvernementales; comme les salariés des petites entreprises à qui on propose le CNE.

Les sondages le démontrent, notre positionnement a été bien reçu, et nous avons agi avec d'autres, dans l'unité d'action. L'environnement politique, économique, social et même international pousse en effet à la morosité, et les politiques ont les yeux rivés sur 2007.

Alors nous prenons nos responsabilités, mais pas pour nous enfermer dans une opposition systématique, politisée. La CFDT se mobilise dans le rôle qui est le sien, le syndicalisme.

Et nos trois priorités majeures, ce sont bien l'emploi, le pouvoir d'achat et les droits des salariés.

L'emploi reste une préoccupation centrale. Certes le chomage est en légère baisse depuis maintenant quatre mois consécutifs, parce que le gouvernement a enfin compris qu'il fallait revenir à des mesures de traitement social. Mais cela ne suffit pas. Car la réalité c'est que le chômage persiste de manière massive et durable, que la croissance peine à dépasser 1% et surtout que la France ne crée pas suffisamment d'emplois, qu'elle en crée beaucoup moins que ses voisins européens.

Dans le même temps, les inégalités persistent, elles aussi, pire, elles progressent en matière d'emploi, de rémunération, de patrimoine, d'accès à l'éducation, à la santé, au logement...

Ce qui est au fond paradoxal et incompréhensible, c'est que nous ayons d'un coté des prélèvements sociaux parmi les plus importants d'Europe qui pèsent notamment sur le travail et de l'autre une redistribution aussi inefficace.

Depuis son arrivée, qu'a fait le gouvernement ?

Certes il s'est beaucoup agité. A l'urgence, il répond par la participation et l'activisme au mépris du dialogue social. Egrenant au fil des jours des mesures pour la plupart injustes, souvent contradictoires et parfois dangereuses.

C'est le cas des mesures fiscales envisagées apparemment bénéfiques à tous mais qui, en fait, offrent des avantages disproportionnés aux plus gros revenus.

C'est aussi la suppression de la totalité des cotisations patronales au niveau du SMIC qui donne au patronat un signal négatif au moment où le gouvernement dit mener une politique de relance des négociations dans les branches sur les salaires conventionnels.

Des allègements de charge accordés sans cibler de secteurs clés, et toujours sans contrepartie emploi et pouvoir d'achat.

C'est également le cas de la modification par ordonnance des seuils sociaux qui remet en cause la représentation des salariés au prétexte de l'embauche des jeunes.

C'est enfin le cas de la création du contrat nouvelle embauche dans les petites entreprises, toujours plus de précarité pour les salariés.

Au lendemain de la forte mobilisation du 4 Octobre nos objectifs et nos cibles sont inchangés :
- agir sur le pouvoir d'achat des salariés
- agir pour l'emploi.

Nous avons deux interlocuteurs :

D'une part, le gouvernement sur les moyens qu'il peut mettre en oeuvre sur ces deux sujets, mais aussi de l'autre ne l'oublions pas, notre interlocuteur principal : le patronat : le Medef, les chambres patronales et les patrons de chacune des entreprises. c'est eux qui font l'emploi, c'est eux qui font les salaires.

Au gouvernement, nous demandons de réunir une "conférence nationale sur les revenus" afin qu'avec les organisations syndicales, avec les partenaires sociaux, l'Etat mette sur la table ce qu'il est en capacité de changer aujourd'hui .

L'Etat peut intervenir en matière de pouvoir d'achat, sur les politiques de logements et sur le coût de l'énergie.

Sur ce dernier point, nous voulons réduire les inégalités entre les salariés qui sont obligés de prendre leur voiture pour aller travailler et ceux qui bénéficient de transport en commun dans les grandes villes.

L'autre sujet sur lequel le gouvernement est pleinement responsable et doit mettre carte sur table c'est bien évidemment la fiscalité.

Après avoir annoncé cet été l'arrêt des baisses d'impôts, il prépare de nouveaux cadeaux fiscaux aux plus favorisés.

Car enfin, sous couvert de simplification et de meilleure transparence de l'impôt, à qui profitent les mesures envisagées, de qui veut-on favoriser le pouvoir d'achat ?

Ce n'est certainement pas celui de ceux qui, parce qu'ils ont des revenus trop modestes ne paient pas d'impôts.

Il n'est pas besoin d'être économiste pour voir que si les revenus moyens auront quelques euros supplémentaires, ce sont les plus gros revenus qui tirent le meilleur parti de ces mesures.

Ces mesures ne sont pas seulement injustes parce qu'elles accroissent les inégalités, elles sont aussi injustes parce qu'elles réduisent l'effet de solidarité entre les français. Car le principal levier de la solidarité nationale, c'est l'impôt.

Comment l'Etat peut-il lutter contre la grande pauvreté, comment peut-il faciliter l'accès à la consommation pour les personnes les plus modestes, quand il se prive de ses moyens de redistribution.

Enfin nous voulons aussi débattre avec lui dans cette conférence de tous les allégements de charges.

Plus de 22 milliards d'allègements de charges sont accordés aux entreprises sans aucune contrepartie demandée en termes d'emploi et de pouvoir d'achat.

C'est une absurdité économique et sociale et c'est faire peu de cas de l'argent des contribuables. Il ne suffit pas de donner des leçons à HP, encore faut-il que l'état s'applique à lui-même cette exigence : pas d'aide aux patrons sans contrepartie.

Sur les salaires maintenant.

Bien sûr nous nous adressons aux employeurs parce que ce sont les employeurs qui peuvent augmenter les salaires. Notre objectif est d'arriver à construire de nouvelles carrières professionnelles pour tous.

Nous avons réussi à obtenir l'harmonisation du SMIC avec 17.6% d'augmentation en 3 ans. Ce n'est pas rien, ne l'oublions pas.

Mais qu'on arrête d'avoir des minima conventionnels en dessous du SMIC dans notre pays comme malheureusement c'est le cas de 80% des minima de branches.

Qu'on arrête d'avoir des salaires qui après 20 ans de travail sont les mêmes qu'à l'embauche.

Qu'on fasse en sorte que chacun en fonction de sa qualification et de son expérience ait un vrai déroulement de carrière que l'on soit dans le public ou dans le privé.

Enfin, j'en viens à notre priorité : l'emploi

Là aussi, nous avons des demandes fortes à l'égard du gouvernement.

Nous avons besoin de moyens plus importants dans la recherche, le développement, mais aussi pour la formation et en particulier la formation universitaire.

Investissons pour l'avenir, préparons les emplois de demain, ceux de nos enfants. Refusons de n'avoir que des dettes à leur transmettre et pas d'emplois.

L'autre cible de nos demandes, je l'ai dit c'est le patronat.

Parce que sur l'emploi c'est d'abord le patronat qui est responsable.

Nous avons signé l'accord sur le télétravail. Il va concerner 1.5 millions de salariés. Ce n'est pas rien.

Mais vous le savez d'autres négociations importantes sont en cours.

D'une part sur l'emploi des seniors pour faire en sorte que les entreprises ne se débarrassent plus des salariés de plus de 50 ans.

Il s'agit de mettre en place une véritable politique d'anticipation et de formation à l'égard des seniors dans l'emploi et d'obtenir des engagements précis des branches professsionnelles.

D'autre part, sur la pénibilité avec pour objectif de réduire et prévenir la pénibilité et d'organiser le lien entre emploi, pénibilité et retraite.

Nous voulons aller plus loin que cette feuille de route, nous voulons des négociations supplémentaires.

- Sur les jeunes, en particulier sur la formation et l'alternance,

- Sur la diversité et la lutte contre les discriminations, sujet sur lequel la nouvelle présidente du Medef s'est ditre prête à ouvrir des discussions.

Autant de négociations dans lesquelles nous pouvons avancer sur l'emploi. Cela dépendra du patronat. Car si tous les syndicats ont noté un nouveau style de la part de la nouvelle présidente du Medef, la CFDT ne se contentera pas d'un ton plus aimable et plus ouvert.

Ce que nous attendons du patronat et du Medef c'est des résultats concrets dans les négociations pour faire avancer les droits des salariés, augmenter les salaires et reculer la précarité.

C'est bien des résultats sur ces priorités que nous voulons obtenir.

Sur tous ces dossiers, notre engagement syndical porte la marque de notre syndicalisme réformiste de transformation sociale : une critique sociale sans complaisance et sans tabou, une confrontation ouverte et offensive des idées et des propositions, une implication forte de toute la CFDT, et des résultats pour les salariés au bout de l'action.

Le conseil confédéral qui se tient la semaine prochaine va tirer le bilan du 4 octobre et de la journée d'aujourd'hui. Il va analyser les signes concrets attendus du patronat et du gouvernement.

La mobilisation du 4 Octobre ne restera pas sans suite mais les suites nous les choisirons en fonction de notre propre analyse, en fonction de nos objectifs.

Et parceque nous voulons des résultats concrets nous voulons des mobilisations ciblées.

C'est pourquoi, notamment nous nous mobiliserons le 2 Novembre à l'occasion de la négociation sur la pénibilité pour peser sur les branches professionnelles qui refusent d'avancer sur cette question ...

Je voudrais conclure mon intervention sur l'année 2006 qui sera une année particulière pour la CFDT, celle de son congrès confédéral.

Nous allons entrer dans la préparation de ce congrès qui aura lieu en Juin à Grenoble dans votre région. Comme le Conseil national confédéral l'a décidé et dit aux militants dans son rapport adopté en octobre 2004, ce congrès reviendra sur tous les évènements qui se sont passés en France au niveau social mais aussi dans la CFDT durant ces quatre ans.

Nous aurons un nouveau débat sur ce qu'à été l'action de notre organisation, nos engagements sur les retraites, sur l'Unedic, sur l'Europe, sur nos résultats dans les négociations.

Il s'agira d'aller au bout du débat entre nous et de réfléchir sur ce qui relève du fond c'est à dire ce qu'il était utile de faire pour conforter nos systèmes sociaux et éventuellement des désaccords sur la forme en reconnaissant que tout n'a pas été parfait dans notre manière de faire pour mener l'action.

Ce que je vous propose dans ce congrès c'est de revenir sur cette période pour pouvoir la dépasser collectivement et que la CFDT sorte renforcée de ce débat, pour continuer d'être une organisation syndicale capable de s'engager, capable d'avoir des résultats, capable de réduire les inégalités.

Face à la mondialisation, face aux dégâts de la financiarisation du capitalisme, les salariés des grandes et des petites entreprises ont besoin d'un syndicalisme qui apporte des résultats, d'un syndicalisme qui met la solidarité et la réduction des inégalités au coeur de son action.

Ils ont besoin d'un syndicalisme qui pousse l'Etat à reprendre sa place dans notre société, un Etat qui construise avec ses fonctionnaires une vraie réponse solidaire aux difficultés de notre sociétë.

Pour cela, après avoir fait le bilan de notre action, nous mettrons en débat un texte qui propose la vision de la CFDT de l'évolution de la société, de la mondialisation, des difficultés rencontrées, de l'Europe, des dégâts du capitalisme dérégulé qui privilégie ses actionnaires au détriment de ses salariés, qui préfère l'accélération des profits à l'emploi.

A partir de cette vision de la société, nous vous proposerons des choix concrets de transformation sociale. Des choix inscrits dans la continuité de notre histoire, de nos valeurs de solidarité, d'égalité et de justice. Des choix qui mobilisent et fédèrent toute la CFDT pour amener des résultats concrets aux salariés et faire de la CFDT le moteur des évolutions dans notre pays.

Avant de nous séparer, je voudrais vous dire tout le plaisir que j'ai eu à vous entendre et débattre avec vous.

Je quitte Saint Etienne ce soir avec l'image d'une CFDT capable de se rassembler, de s'écouter, de se mobiliser, de s'engager pour tracer l'avenir et apporter les résultats concrets qu'attendent les salariés.

Sachez que je suis fier de vous avoir rencontrés - Merci à toutes et à tous -