En terme
de contenu, le premier jour m’a semblé souligner un malaise
syndical dont beaucoup trop d’adhérents de la CFDT paraissent
s’imaginer qu’il leur est exclusif. Actuellement, toutes
les organisations réformistes comme les nôtres affrontent
des crises d’identités sérieuses, et j’ai
vu des congrès où le désarroi était bien
plus grand que chez vous. Je crois que trop de participants sont venu
en victimes expiatoires des retraites, alors que sur ce dossier comme
sur beaucoup d’autres, je crois que la CFDT aura raison en France
dans quelques années. De plus, la CFDT couvre un terrain considérable,
bien plus grand que celui qui est couvert dans d’autres pays.
Le secteur portant sur les questions de société est très
important, comme celui de la formation professionnelle, et vous avez
également un département international beaucoup plus actif
que le mien. Commerce équitable, conventionnement sur le handicap
physique et mental, campagne pour les salariés saisonniers…je
dois dire que j’ai pris vos documentations et que j’ai bien
l’intention de regarder comment nous pourrions adapter cela.
Ce qui
m’a également frappé, c’est le niveau de réflexion
territorial des structures. Trop souvent, on s’en tient à
une seule vision globalisante, alors que visiblement, chaque Département
de Rhône-Alpes est en capacité d’exprimer ses spécificités
et de mettre en avant une stratégie d’échelle en
cohérence. Visiblement, les responsables départementaux
conçoivent une stratégie d’un certain niveau, et
plusieurs interventions qui précisaient les analyses prospectives
en cours m’ont beaucoup impressionnées. Par contre, on
voit que la CFDT doit tout comme nous renouveler ses membres, avec une
moyenne d’age qui est tout de même supérieure à
celle de nos congrès. Je n’ai je dois dire pas vraiment
vu de documentation et de propositions qui aillent dans le sens d’un
rajeunissement, et c’est peut être le seul point avec celui
des services pratiques à l’adhérent qui me semble
manquer dans l’ensemble des sujets abordés.
Pour le lieu lui-même, il est très voisin de ceux qui accueillent
des congrès syndicaux, sachant que l’auditoire s’est
montré plus attentif et fidèle que chez nous. La salle
était presque toujours pleine, avec guère plus d’une
trentaine de délégués en pause, ce qui serait chez
nous un record du monde. J’ai été content de saluer
d’autres délégations internationales, et découvrir
des exposants assez voisins des nôtres à l’exception
d’Artisans du Monde dont nous avons l’équivalent,
mais que nous n’avons pas encore pensé à inviter
dans nos congrès. L’absence de politiques locaux et régionaux
m’a également frappé, car généralement,
ils se pressent pour dire quelques mots.
J’ai
trouvé la seconde journée plus calme au niveau des débats,
la tension était retombée, et le public s’est montré
plus consensuel. Le système des amendements est très bon,
même si certains ont fait un tel consensus qu’il semblait
un peu inutile de les présenter. Cela suppose tout de même
une préparation initiale très importante, mais c’est
très bien pour la démocratie. Je suis parti avant la fin
des votes, et apprécié la transparence avec laquelle c’était
organisé. Chez nous cela peut tourner à la contestation
car nous avons souvent des erreurs informatiques, problèmes de
recomptage.
Je garde de ce congrès le sentiment que la CFDT Rhône-Alpes
a franchi un double cap, celui de tourner la page des retraites et des
critiques dont l’organisation a été l’objet,
sachant que le représentant de la Confédération
s’est exprimé sans heurts, ce qui me semble une nouvelle
preuve de maturité politique. Le second cap, c’est de bien
faire comprendre que la région syndicale existe, qu’elle
se situe entre ce que l’on appelle la base, mais que l’on
peut situer à l’échelle du département, bassin
d’emploi, et la Confédération. La région
a ses particularités, ses politiques, ses intérêts,
spécificités, et je dois dire que les enjeux de la décentralisation
en France devraient la conduire à prendre de plus en plus d’importante,
devenir le niveau pertinent de conduite des politiques syndicales sur
le territoire. Rhône-Alpes de ce point de vue est loin d’être
homogène, et nos amis de la Drôme et de l’Ardèche
l’ont souvent souligné dans nos conversations.