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Résumé de l'intervention de GABY BONNAND , Secrétaire Confédéral en charge du dossier


UNE PROTECTION SOCIALE LEGITIMEE PAR LA CRISE


Faisant référence aux travaux du Conseil National Confédéral de la CFDT, Gaby Bonnand souligne que la crise nous met dans une situation paradoxale :

Avant la crise, la protection sociale était considérée comme un coût, un frein à la productivité, dans la crise tout le monde redécouvre les atouts de la protection sociale c'est ce que certains dénomment « les stabilisateurs automatiques » précisément pour ne pas utiliser le mot qui fache ... "protection sociale".

Ceci explique pour partie les différences entre les plans de relance européens et le plan de relance des Etats Unis ou du Royaume Uni, où depuis Reagan et Thatcher, les outils de la protection sociale ont été détruits.

La dureté de la crise est donc amplifiée aux Etats Unis et au Royaume Uni.

Nous devons considérer la protection sociale comme un investissement important y compris pour l’économie.


UNE DICHOTOMIE ENTRE ECONOMIE FINANCIERE et ECONOMIE REELLE


Gaby Bonnand souligne que l'on a fréquemment entendu parler "d'économie virtuelle" et de souligner "nos camarades des banques n’ont pas l’impression de vivre dans le virtuel".

Pour lui, il faut être précis et parler d’une déconnection entre une industrie de la finance qui tourne sur elle-même avec ses produits d'appel (tritisation etc …) et le reste de l’industrie.

On peut parler d'une économie "financière" et d'une économie "réelle". Mais comment en est-on arrivé là ? Les causes de la crise sont en fait plus profondes que de simples dérives financières et c'est pourquoi le "monde de l'après crise sera différent de celui que nous avons connu".

Autrement dit la crise est structurelle, elle n'est pas conjoncturelle.


LES CAUSES


Dans un premier temps, après la dernière guerre mondiale, on a construit nos modèles économiques dans le cadre des états nations mais on a laissé des continents entiers à la dérive.

Dans un second temps, l’économie s’est internationalisée sous la pression des pays et des peuples qui voulaient légitimement accéder au confort ce qui supposait une amélioration substantielle du pouvoir d'achat. Or cela ne s'est pas fait par une augmentation des salaires mais par une baisse des coûts de production.

Dans ce contexte, les pays asiatiques ont fait valoir leurs seuls atouts : des bas salaires et une absence de protection sociale. Ils sont rapidement devenus l'usine du monde.

Les pays industrialisés de l'Ouest n'ont pas répondu à cet enjeu par une régulation sociale internationale, pas même au niveau européen et l'on s'est contenté d'ajustements nationaux.


LES CONSEQUENCES


En France cela s'est traduit par des mesures dont on voit l'effet dévastateur aujourd'hui :

  • On a aidé les entreprises à réduire la rémunération des salariés par l'exonération des charges patronales sur les bas salaires
  • On s'est détourné des formations qualifiantes qui auraient nécessité une revalorisation des salaires alors même que l'on proclamait être "dans une économie de la connaissance". De fait, les entreprises n’étaient pas incitées à former leur personnel ce qui a entraîné par exemple un déficit commercial avec la chine sur les machines outils , alors que ce secteur était précédemment un de nos points forts.
  • Il en est résulté une déqualification des salariés des pays riches : la moitié des salariés sont désormais rémunérés en France en dessous de 1,5 SMIC.
  • L'inégalité salariale s'est d'autant mieux installée qu'une partie de la masse salariale échappe à la négociation collective : bonus, stocks options , retraites chapeau , golden hello et parachute ...
  • La prééminence des vues financières court termistes a aggravé la situation des entreprises face à la concurrence : pour payer des dividendes aux actionnaires les entreprises se sont soit endettées, soit ont réduit leurs investissements ;
  • Face à ces inégalités de traitement entre actionnaires et salariés et entre salariés entre eux, aucune régulation n'a été initiée, au contraire : les syndicats réformistes comme le nôtre ont dû faire face à deux positions extrêmes : les opposants à toute régulation et ceux qui demandaient une "gouvernance mondiale" inaccessible dans l'immédiat.
  • L'idéologie dominante préconisait la limitation de la réglementation et donc le retrait de l'Etat: de fait celui-ci s'est désengagé financièrement de la protection sociale : baisse de la fiscalité progressive au bénéfice des hauts revenus et augmentation des prélèvements proportionnels.
  • La protection sociale ne repose plus désormais que sur les efforts de la classe moyenne et des bas revenus.

DANS LE CONTEXTE DE LA CRISE ECONOMIQUE, QUELLE REPONSE A CETTE SITUATION ?


UN FOND D’INVESTISSEMENT SOCIAL

La CFDT n'est pas opposée à un plan de relance de l’investissement mais cela ne suffira pas à résoudre l'entier problème, il faut rattraper notre déficit de formation.

Quel financement pour ce fonds d’investissement social ?

très applaudi Gaby Bonnand a répondu :

  • Supprimer le bouclier fiscal : "c’est une 221ième niche fiscale qui en réalité permet d’échapper totalement à l’impôt" et ce n'est en rien "une limitation à 50% du taux d'imposition" comme l'a prétendu le Président de la République.
  • il faut revenir sur l’exonération des heures supplémentaires qui détruit l'emploi des plus précaires : c'est une mesure de solidarité au sein du monde du travail.
  • il faut créer une tranche supplémentaire de l’impôt sur le revenu sur les plus hautes rémunérations : "suite à la crise de 1929, Roosevelt avait créé une tranche d’imposition à 75%, les Etats Unis ne s'en sont pas plus mal portées et en France nous sommes au taux de 45% !" souligne Gaby Bonnand.
  • Il faut aussi réfléchir au type de formation que l’on met en place : tout dépend de l’analyse que l’on fait des raisons des difficultés dans chaque entreprise : est-ce un problème conjoncturel ou structurel : il faut viser "moins de formation pointue et plus de formation générale : apprendre à apprendre car personne ne sait ce que seront les emplois de demain".

LE PARTAGE DES RICHESSES NOUS DEVONS L'APPLIQUER AUSSI A NOUS MEMES

"De même que la crise des banlieues n'est pas due à la "racaille", De même il est trop facile d’imputer la crise économique actuelle uniquement à quelques patrons cupides". Pour Gaby Bonnand la crise a des causes plus profondes et nous devons être exigeants également vis à vis de nous-mêmes.

IL NOUS FAUT PENSER NOS REPONSES AU NIVEAU EUROPEEN ET MONDIAL. "Le bien être" ce n’est pas la croissance à outrance au détriment de l’écologie et au risque d'une explosion sociale. Il nous faut changer nos indicateurs. Le syndicalisme a son rôle à jouer dans cette démarche.

IL NOUS FAUT LEGIFERER sur les salaires comme l'a fait Roosevelt en déterminant l'écart maximal entre bas et hauts salaires : 1 à 40 par exemple et non 1 à 300 comme actuellement.

LA NEGOCIATION SOCIALE DOIT ETRE PARTIE INTEGRANTE DU FONCTIONNEMENT DES ENTREPRISES : Roosevelt l'avait bien compris quand sa seconde mesure a été d'instituer le contre pouvoir des syndicats. La présence de syndicalistes dans les conseils d'administration permettrait de limiter la tentation de décisions à court terme et rééquilibrerait le rapport entre actionnaires et salariés.

"La vie sociale est une confrontation de logiques celle du salarié, celle du consommateur , mais aussi une confrontation de groupes celui des juniors et celui des seniors … etc "

IL NOUS FAUDRA EGALEMENT REFONDER NOS SYSTEMES DE PROTECTION SOCIALE DANS UN SOUCI D'EQUITE : "il n’y a pas de société crédible et vivable si tous les citoyens n’ont pas des garanties minimales sur lesquelles ils puissent compter. Maladie – dépendance etc …

Cette intervention a été suivie d'un débat que l'on aurait voulu plus long mais vous en retrouverez les principaux aspects dans une fiche dédiée : LIRE LA FICHE