|
Les entreprises et groupes étrangers, très nombreux en France à l’heure de l’économie mondialisée posent d'autres problèmes.
Si le gouvernement français peut dans une certaine mesure inciter les groupes ayant un siège en France à contracter des accords nationaux de branches , son influence se réduit considérablement avec des multinationales européennes et mondiales qui ne dépendent que très faiblement de leurs activités dans l’hexagone.
Dans l’esprit du grand public, et souvent de manière fondée, de tels intérêts économiques transfrontaliers foulent aux pieds toute tentative de moralisation, et à plus forte raison de réglementation, qui pourrait présenter un caractère contraignant.
Il peut également exister des cas qui voient de grandes entreprises s’engager positivement sur le territoire français tout en poursuivant des politiques discriminatoires dans certains pays pauvres.
Il est naturellement inacceptable pour toute organisation syndicale démocratique de voir des multinationales respecter leurs salariés européens au détriment d’une armée de précaires exploités sans vergogne dans certains pays du tiers monde . Ces réalités existent, mais sont loin de constituer la seule ligne de conduite existante au sein des grands groupes, lesquels disposent souvent de directions décentralisées qui proposeront dès lors des politiques autonomes, pouvant dans ce domaine être assez différentes de celles du siège central lui-même .
Loin de s’associer à la vision manichéenne d’un certain courant altermondialiste, la CFDT comme la CES considère que le syndicalisme réformiste contemporain doit tout à la fois favoriser des accords de branches au niveau français et européen, mais également négocier lorsque c’est possible des accords avec les grands groupes mondiaux, lesquels présentent aujourd’hui une grande diversité en matière de politiques sociales.
On parlera dès lors d’accords de branches, mais également d’accords transnationaux.
Dans le domaine des accords de branches, beaucoup de travail reste à faire sur le vieux continent qui offre tout de même aujourd’hui plusieurs actes significatifs, à l’exemple des engagements pris dans le domaine du télétravail en 2005.
Dans une résolution adoptée en 2003 par la CES : « Plan d’action en matière de politique de migration, d’intégration, de lutte contre les discriminations ainsi que contre le racisme et la xénophobie , cette dernière engage ses structures à favoriser de tels accords, et de nombreuses négociations sont actuellement en cours.
Les branches syndicales européennes peuvent s’appuyer dans cette perspective sur les accords transnationaux déjà signés avec des multinationales, lesquels constituent une évolution capitale, trop souvent méconnue en France.
L’émergence d’une forte activité de négociation transnationale entre syndicats et groupes mondiaux est un phénomène que l’on verra certainement avec le recul nécessaire comme l’un des plus caractéristique des années 2005-2010.
Comme le souligne la Commission Européenne elle-même en mars 2006 , l’émergence d’une activité de négociation transnationale a débouché ces dernières années sur « la conclusion de textes négociés entre une entreprise et ses salariés au niveau européen ou international sur les thématiques de la responsabilité sociale des entreprises, notamment en matière de droits fondamentaux, dont le champs dépasse généralement l’espace européen.
Ces textes sont regroupés sous la dénomination "d’accords cadre internationaux".
Les entreprises dont le siège se situe en France, en Allemagne et dans les pays nordiques sont largement présentes dans le processus naissant, aux côtés d’entreprises américaines implantées en Europe. » Une telle évolution, possible du fait de l’implication des grandes centrales syndicales réformistes européennes, a vu des équipes de négociateurs interpeller directement les directions, le nombre d’accords signés (91 selon la commission en 2006) est susceptible d’augmenter très rapidement.
L'existence d’accords internationaux trouve une nouvelle légitimité avec la fusion de la CISL et CNT au sein d’une seule centrale syndicale internationale.
De nombreuses difficultés subsistent cependant pour obtenir de véritables progrès pour les salariés les plus vulnérables, comme le souligne le BIT dans de nombreux rapports.
La tentation pour les grands groupes de contenter leur main d’œuvre occidentale pour mieux exploiter celle des pays émergents grâce à des systèmes de sous-traitance est bien connue. Pourquoi certaines grandes entreprises garantissent-elles seulement les accords signés sur une partie du globe ?
La question des discriminations raciales et sexistes devrait donc connaître de nombreux développements ces prochaines années, avec l’implication de groupes mondiaux, et à la clef des conséquences positives, mais au delà de la lenteur du processus qui ne surprendra personne, c’est bien la vitalité des instances internationales syndicales qui apparaît comme le meilleur atout.
L'aide aux travailleurs étrangers en France
Si la CFDT de Rhône-Alpes et des autres régions laisse le soin à la CES et à la grande structure syndicale mondiale de lutter contre l’exploitation des salariés dans les pays du tiers monde, il importe en revanche d’agir pour venir en aide aux salariés étrangers exploités et victimes de racisme dans les régions françaises.
On évoquera la nécessité d’un maillage syndical qui reconstitue le parcours de ces salariés et permette ainsi d’en défendre les droits, ceci au delà des difficultés linguistiques et culturelles évidentes.
Pouvoir dialoguer avec les organisations syndicales des pays d’origine de ces salariés et ainsi informer ces derniers à la source constitue clairement une priorité.
Dans le même sens, la possibilité pour eux de se tourner vers un conseil et une aide personnalisée et déclinée régionalement paraît être la seule alternative à un racisme systémique déjà bien présent.
Cette collaboration ne peut se faire qu’avec des accords syndicaux conclus avec leurs structures.
La CFDT Rhône-Alpes travaille actuellement avec des syndicats turcs, marocains, tunisiens, afin de créer une dynamique positive, qui pourrait être étendue à un partenariat euro-méditerranéen ultérieur.
La gestion syndicale des flux de main d’œuvre apparaît plus que jamais comme un instrument privilégié de régulation sociale et de lutte contre les discriminations raciales.
Dans un environnement fortement mondialisé, l’acteur syndical local et régional se trouve toujours au cœur des mécanismes de contractualisation dont il est tout à la fois l’acteur et le témoin.
Accords territoriaux, de pôles, de branches, internationaux, autant d’instruments au service du syndicalisme réformiste et qui s’articulent autour d’une stratégie d’échelle, à la condition de se donner les moyens de négocier efficacement et de dépasser certains intérêts catégoriels et idéologiques. |