SOMMAIRE

 

Schéma de l’organisation du projet LUCIDITE

 

Chantier « PLASTURGIE 

 

CHANTIER

 

« PLASTURGIE »

 

- Bassin d’emploi d’Oyonnax -

 

* Etat d’avancement

 

* Perspectives

1.     Mise en place du Comité de Recherche Action

1.1 Contexte ayant présidé à la mise en place du partenariat local

Conformément à l’esprit du projet LUCIDITE défini par les partenaires signataires, des représentants locaux participent au comité de recherche action. Le bassin d’Oyonnax a été choisi par les partenaires en raison de son pôle plasturgie dont la spécificité est d’avoir eu recours depuis de longues années à une main d’œuvre ouvrière immigrée qu’elle soit issue du Maghreb ou de Turquie. Cette spécificité s’inscrit dans un contexte industriel formé d’une majorité de PME-PMI. Ces deux aspects ont concouru à l’inscrire dans un projet de prévention des discriminations dans l’accès au travail et l’évolution professionnelle afin d’obtenir un diagnostic partagé sur cette question et pouvoir faire des propositions d’amélioration de la prise en compte de cette dimension dans le monde du travail. La caractéristique de son tissu industriel (PME-PMI) devrait également permettre une comparaison, à la fin du projet LUCIDITE, des modèles de diffusion des discriminations à caractère racial d’une part, sexuel d’autre part, dans des contextes de travail différenciés (grande entreprise, PME-PMI).

 

Les partenaires initiaux du comité de recherche-action sont les représentants syndicaux de l’interprofessionnel CGT et de la branche chimie énergie CFDT, les représentants des unions régionales CFDT et CGT, initiatrices du projet LUCIDITE, la chargée de mission départementale de la délégation régionale aux droits des femmes, un conseiller principal de l’ANPE, la chargée de mission sur le département de l’Ain du FASILD. Afin de mobiliser dans la démarche les acteurs locaux pertinents, il a été récemment été décidé d’associer au CRA la DDTEFP ainsi que la direction locale d’ADECCO dans un bassin où le système de l’intérim s’est considérablement développé. Le CRA est animé par ISM-CORUM qui en assure d’une part le secrétariat (les comptes-rendus sont toujours renvoyés aux participants préalablement à chaque réunion pour validation), d’autre part l’expertise.


 

1.2 Définition des objectifs du partenariat

-       Structurer un pôle de partenaires désignés par la loi du 16 novembre 2001 comme les partenaires privilégiés de lutte contre les discriminations dans le travail en raison de l’origine, du patronyme, du sexe…

-       Doter ce pôle d’une démarche commune d’intervention notamment par le partage, la discussion puis la validation de moyens de connaissance du phénomène, ses dimensions locales…

-       Doter les partenaires sociaux de moyens de compréhension de cette question afin que les syndicalistes jouent un rôle d’information, de relais, d’alerte, de proposition dans les entreprises où ils sont représentés, voire dans les conventions collectives de branche. En effet la procédure d’alerte au profit des délégués du personnel qui peuvent saisir l’employeur en cas d’atteinte aux droits des personnes ou aux libertés individuelles est complétée pour couvrir les questions de discriminations.

-       Favoriser une démarche de formation non seulement des partenaires sociaux, mais aussi des autres acteurs intervenants dans l’emploi : intermédiaires de l’emploi publics et privés.

-       Proposer une consolidation du partenariat initial et un élargissement de celui-ci à d’autres acteurs.

-       Proposer des modalités d’action pour lutter contre les discriminations en raison de l’origine, du patronyme, de l’apparence physique, du sexe tant dans l’accès à l’emploi que dans l’évolution professionnelle.

 

1.3 Rappel des règles du partenariat 

Toute recherche action notamment dans le cadre du projet LUCIDITE obéit à quelques règles méthodologiques et éthiques simples :

-       La garantie de confidentialité et d’anonymat dans le traitement des données,

-       L’accord préalable à toute diffusion externe des partenaires du CRA,

-       L’ouverture d’un espace de débats engage les partenaires au respect mutuel des points de vue. L’ambition de la recherche-action est de converger vers l’amélioration des situations observées.

 

2. Définition collective des modalités d’intervention

 

2.1 Des stratégies syndicales différenciées pour avancer localement

Dans cette première période d’octobre 2002 à décembre 2003, le CRA s’est réuni 5 fois. Des réunions de travail intermédiaires d’une part avec la CFDT, d’autre part avec la CGT ont accompagné et encadré la démarche. Après discussion entre les partenaires, tenant compte de la nature des réalités syndicales au quotidien, il a été décidé de démarrer le travail d’étude-action d’une part avec la CFDT, d’autre part avec la CGT selon les logiques d’intervention de chacun des syndicats. La problématique des discriminations notamment en raison de l’origine est encore trop peu connue, comprise et assimilée pour pouvoir entreprendre de telles actions sans partir des réalités quotidiennes et des enjeux qui sont les leur dans un contexte défini.

 

Il a été question au cours de ces rencontres préparatoires de discuter d’un plan d’action possible d’une part avec la CGT, d’autre part avec la CFDT.

La CGT locale a proposé de cibler un certain nombre d’entreprises (DAVID, VERNICOLOR, ARCA SYSTEM, GROSFILLEX, BILLON, CAPA) en raison de la présence dans ces dernières de représentants syndicaux susceptibles d’être "ressources" pour accéder à une meilleure compréhension des enjeux syndicaux au sein d’entreprises. Un diagnostic collectif des représentations des syndicalistes sur le phénomène des discriminations en raison de l’origine et du sexe a été mené confirmant la difficulté des syndicalistes à en comprendre les enjeux et à s’en saisir spontanément. Les constats sur la difficulté des conditions de travail au sein de ces entreprises diffèrent le traitement des questions touchant à ce que les syndicalistes considèrent comme plus spécifiques.

Le secrétaire de la CFDT chimie énergie rappelle quant à lui que le contexte local est un contexte « ségrégatif » ancien qui a des effets sur toute la population. Des tensions existent aussi entre immigrés, non seulement entre les originaires de Turquie et les originaires du Maghreb mais aussi entre Algériens et Marocains… Dans un premier temps, la CFDT FCE a proposé de favoriser une rencontre entre des délégués du personnel et des délégués syndicaux des entreprises MAIRE, VERNICOLOR, ZANINI, PRP, PLASTIC RG et l’équipe de sociologues. Les rencontres et la démarche proposées se font dans un contexte d’étude-action, de collecte des informations destinées à une analyse de la situation locale.

Par la suite une rencontre entre les deux organisations syndicales partenaires (et initiatrices du projet) a permis de faire un premier point d’avancement et réajuster les éléments tout autant stratégiques que méthodologiques (accès au terrain, choix des interviewés) en essayant de développer une démarche cohérente .

 

Au-delà de ces rencontres collectives, les échanges réguliers avec l’équipe de recherche permettent d’orienter l’action en fonction des hypothèses de travail définies au préalable.

 

2.2 Le CRA comme instance de discussions et de redéfinition des objectifs

Si les ajustements locaux avec chacun des syndicats initiateurs du projet sont une nécessité afin de tenir compte de leur propre stratégie, d’autres paramètres interviennent dans la définition d’objectifs communs de lutte contre les discriminations en raison de l’origine et du genre.

La démarche s’appuie également sur les acteurs publics présents dans le CRA, acteurs qui ont un rôle dans divers dispositifs d’insertion, une ancienneté d’intervention professionnelle dans le bassin et donc un point de vue sur les réalités professionnelles et sociales de celui-ci. En premier lieu, ces acteurs sont ressources pour faire un premier diagnostic.

 

Premiers éléments de cadrage

En guise d’exploration du contexte et des enjeux socio-économiques du bassin d’emploi d’Oyonnax, nous avons recueilli auprès de nos partenaires, différents rapports déjà existants. Nous avons compulsé les différentes données pertinentes recensées dans les études (rapport d’étude d’ARAVIS concernant le projet PIRAMIDE, contrat de ville d’Oyonnax, Rapport final du Contrat d’Etude Prospective de la Plasturgie, données INSEE) afin de mieux spécifier les caractéristiques sociales et démographiques du terrain et mieux préciser la problématique de la recherche-action. Ce travail préalable permet de collecter des données de contexte préparant le recueil d’autres matériaux de terrain lesquels sont constitués d’entretiens centrés sur les parcours individuels des interviewés (formation, accès à l’emploi, accès à la formation, déroulement de carrière). Nombre de nos entretiens se sont déroulés en deux temps : le premier de nature plutôt collective et ambitionnant de présenter la démarche et de dégrossir certaines questions, le second s’attachant à approfondir les informations obtenues la première fois, et se déroulant le plus souvent de manière individualisée. Ce procédé tient également au fait que les personnes interviewées ne peuvent se rendre disponibles plusieurs heures et préfèrent nous consacrer des temps identifiés plus courts.

 

Redéfinition des modalités méthodologiques de l’action

Les premiers entretiens réalisés avec des salariés syndiqués (élus CE, CHSCT, DP, DS) ont permis de comprendre les contextes de travail propres aux entreprises, les représentations liées à leurs conditions de travail et à leur évolution professionnelle. L’accumulation des entretiens et leur première exploration a montré les limites inhérentes à cette entrée et la nécessité d’élargir et de diversifier les modalités de contact si nous voulions rencontrer davantage d’opérateurs d’origine étrangère. Les personnes en effet décrivent les rapports au travail à partir du poste qu’elles occupent dans l’entreprise. Lorsque les personnes sont à des postes intermédiaires (chef d’équipe, technicien, mécanicien), pour peu que ces dernières soient présentes lors des entretiens avec des salariés occupant des postes moins qualifiés, la nature des échanges en est affectée.

 

Il a été convenu pour comparer l’impact du critère de l’origine sur l’accès au travail, l’intégration dans l’entreprise et l’évolution professionnelle de diversifier nos sources et nos rencontres avec des opérateurs d’origine maghrébine et turque, nombreux à ces postes. Le poids de l’intérim dans l’accès à l’emploi (80 % des déclarations préalables à l’embauche dans le bassin d’emploi) notamment pour les postes d’opérateurs nous a amené à contacter des personnes occupant ces emplois, ainsi avons nous par la méthode « de proche en proche » rencontré des intérimaires dont beaucoup étaient plus jeunes que les précédents. Cet accès aux interviewés nous a permis de rencontrer également dix jeunes intérimaires (âgé de –26 ans), population particulièrement volatile et pour laquelle les syndicats sont faiblement ressource. Cette exploration des conditions de travail et des considérations sur leur environnement de travail nous semble précieuse dans la mesure où l’on a observé une relative méconnaissance ou mal-connaissance de cette population au niveau des acteurs locaux, d’autant plus lorsque l’on connait l’importance du recours aux entreprises de travail temporaire pour les PME-PMI du bassin d’emploi d’Oyonnax.

 

À partir du témoignage de ces derniers, nous avons pu reconstituer leurs itinéraires et leurs rapports à l’emploi, biographies particulièrement intéressantes à prendre en compte dans la mesure où ils ont traversé plusieurs situations de travail et sont passés par plusieurs agences d’intérim et PME-PMI.

 

Nous avons également observé à partir de nos premiers entretiens exploratoires que les opérateurs d’origine étrangère, sollicités, et non syndiqués avaient tendance à décliner la proposition d’entretien du fait que les rendez-vous étaient fixés à la Maison des Sociétés. Aussi, afin d’optimiser les chances d’acceptation, nous avons décidé d’ « aller à la rencontre » de ces personnes, que ce soit sur leur lieu de vie, ou dans le cadre d’associations telles que l’Amicale des Travailleurs Turcs d’Oyonnax ou encore l’Amicale des Algériens de l’Ain.

 

En l’absence d’observations réalisables au sein même des entreprises, nous avons à chaque fois démultiplié les contacts autour d’une seule et même entreprise afin de pouvoir confronter et croiser les points de vue recueillis et objectiver davantage le fonctionnement de tel ou tel secteur de l’entreprise, la complexité et la validité de telles ou telles pratiques.

 

 Quelques constats

L’interrogation des parcours professionnels des opérateurs sur presse permet de mettre en évidence plusieurs paradoxes :

-       Relativisation du point de vue quasi dominant repéré jusqu’alors. En effet, que ce soit par les permanents syndicaux ou par le CRA nous étions en présence de perspectives visant à relativiser l’existence de discriminations à caractère racial du fait de la dureté des conditions de travail qui prévalent dans la plasturgie et vis-à-vis desquelles tout le monde serait indifféremment exposé. Cette affirmation a pour corollaire d’insister sur les causes plus que sur les constats : soit comme le produit d’anciennes pratiques paternalistes de management, soit comme le produit d’un déficit d’intégration de la part des opérateurs d’origine étrangère (logique communautariste doublée d’une mauvaise pratique et connaissance de la langue française).

 

 

-       La difficulté à aborder la question des discriminations pour l’ensemble des acteurs impliqués, a confirmé l’importance de mener parallèlement à une étude approfondie des diverses manifestations du phénomène une démarche de formation des acteurs.

-       La démarche dite de coproduction ne peut être mise en place durablement que si les acteurs sont eux-mêmes convaincus de l’importance et de l’intérêt qu’il y a à traiter cette question. Quelles perspectives ouvre la loi du 16 novembre 2001 ? Quelles solutions établit la jurisprudence actuelle ? Quel est le faisceau d’indices à partir duquel peut être appréhendée l’existence de discriminations ? Qu’est-ce qui relève de la discrimination indirecte ? En quoi la discrimination et le racisme, la discrimination et le harcèlement moral diffèrent ?

 

3.     Perspectives 2004

Une démarche de formation dont le contenu a été validé par les responsables syndicaux a été proposée aux conseillers prud’homaux mais aussi aux partenaires sociaux : permanents, élus dans les instances représentatives du personnel. Pour optimiser la démarche de formation des syndicalistes non permanents, une réflexion a été engagée par les syndicats eux-mêmes en ce qui concerne la prise en charge du temps de travail des représentants du personnel qui viennent en formation. Les conseillers prud’homaux et élus de la CGT seront formés aux discriminations lors de deux journées (le 22 et le 23 janvier 2004). La CFDT bénéficiera également de ces deux journées de formation envers ses élus Prud’Hommes lors du premier semestre 2004.

Une deuxième démarche de formation en direction des intermédiaires de l’emploi (ANPE, intérim) est également envisagée. Les négociations sont actuellement en cours.

 

Un premier diagnostic est en cours de validation par le CRA. Des étapes sont en effet nécessaires à son affinement ; les partenaires souhaitent notamment obtenir une analyse chiffrée en ce qui concerne la formation initiale et professionnelle, l’accès à l’emploi et l’évolution professionnelle. L’analyse patronymique peut être à ce titre un moyen innovant pour parvenir à identifier les discriminations. Des données supplémentaires doivent également être collectées afin de retracer l’histoire des flux migratoires sur Oyonnax.

 

Après les éléments du diagnostic et vue l’importance de l’intérim dans le bassin d’Oyonnax il a été proposé de les rencontrer. Des négociations ont eu lieu avec ADECCO et suite à une rencontre avec la CGT, CFDT, ISM-CORUM, ADECCO a décidé d’intégrer le CRA d’Oyonnax et de collaborer au travail d’étude sur les discriminations dans l’accès à l’emploi et l’évolution professionnel (cf proposition ci-après).

 

Au sein de la CGT, une militante a été spécialement mobilisée pour effectuer des entretiens concernant la discrimination dans la plasturgie. Ces entretiens envers des opérateurs et des professionnels ont permis de révéler l’ampleur des phénomènes discriminatoires et la nécessité pour la CGT de s’impliquer d’avantage dans cette problématique. La CGT souhaiterait à terme former et outiller les syndicalistes pour qu’ils soient force de proposition dans les négociations collectives.

 

La CGT a proposé en collaboration avec la CFDT une initiative locale pour lutter face aux phénomènes de discrimination au travail. Une journée pourrait alors être organisée en faisant appel aux partenaires locaux aussi bien qu’aux employeurs auprès desquels une négociation pourrait être mise en place.

 

-PROPOSITION-

 

 

Diagnostic

« Prévenir les discriminations raciales dans l’accueil,

le recrutement des candidats»

 

ENTREPRISES de l’INTERIM

 

Décembre 2003

 

I - Contexte

 

Le bassin d’emploi d’Oyonnax a été choisi par les partenaires en raison de son pôle plasturgie dont la spécificité est d’avoir eu recours depuis de longues années à une main d’œuvre ouvrière immigrée qu’elle soit issue du Maghreb ou de Turquie. Cette spécificité s’inscrit dans un tissu industriel formé d’une majorité de PME-PMI. Ces deux aspects ont concouru à le retenir dans un projet de prévention des discriminations dans l’accès au travail et l’évolution professionnelle. Les partenaires signataires du programme d’initiative communautaire EQUAL appelé ici « LUCIDITE »ont constitué localement un comité de recherche action (CRA) pour structurer une démarche de prévention des discriminations en raison de l’origine et du sexe. Elle s’appuie sur la collecte, la structuration de données pouvant éclairer le phénomène, elle mène une étude des parcours professionnels dans la plasturgie selon ce critère. Le partenariat local intègre depuis peu l’inspection du travail et la DDTEFP

Le poids de l’intérim dans l’accès à l’emploi (80% des déclarations préalables à l’embauche) confirmé par l’agence locale de l’ANPE, partenaire du programme, a conduit à rencontrer des entreprises de l’intérim. Une négociation avec l’une d’entre elles, intéressée par la démarche, a abouti à l’acceptation d’un diagnostic destiné à comprendre les enjeux du recrutement local pour les entreprises de la plasturgie, à différents postes.

 

 

II - PROBLEMATIQUE

 

Cette démarche doit permettre de rendre davantage visible les mécanismes intervenant dans la production de la discrimination. Identification des effets actuels des pratiques de recrutement, notamment celles des intermédiaires de l’emploi et des agents en interface, en s’attachant à définir la part de contraintes et de marge de manœuvre dans les processus de coproduction des discriminations. En effet, le seul fait que les demandes discriminatoires puissent être implicites agit comme si le professionnel de l’agence locale en contact avec les entreprises partageait une forme de complicité avec l’employeur[1]. En outre, au-delà de la seule compréhension de cette discrimination systémique engendrée par les acteurs, le diagnostic s’attachera à définir les formes d’employabilité des jeunes issus de familles immigrées par rapport aux jeunes français d’origine »[2].

 

Le caractère discriminatoire de telle ou telle pratique a souvent été occulté ou évoqué avec la plus grande réserve du fait de la complexité du phénomène et de la difficulté d’établir la preuve de son existence, notamment en raison du fait de l’absence d’indicateurs tangibles et de statistiques mobilisables permettant de montrer le poids quantitatif de la discrimination. Les catégories statistiques se limitant aux seules variables que sont le sexe et la nationalité.

 

Ainsi, depuis l’émergence de cette problématique des discriminations comme champ d’intervention des politiques publiques, les principes affichés et énoncés se placent à un haut niveau de généralité dans les diverses déclarations politiques tenues depuis 1998, dans les différents supports et campagnes de communication[3] de vulgarisation produits par la DPM, Sos-Racisme… mais aussi et dans une moindre mesure, à leur traduction sous forme de protocoles, chartes, déclaration commune[4] et autres conventions partenariales dont l’échelle territoriale retenue reste souvent la région[5].S’ils ont contribué à la prise en compte, diffusion et légitimation de la thématique des discriminations, il n’en reste pas moins qu’il laisse, le plus souvent, le soin aux acteurs de terrain d’opérer une traduction pragmatique de ces orientations et une interprétation pour se conformer au respect des lois en vigueur.

 

Les intermédiaires se trouvent ainsi dans une position inconfortable pour appréhender la discrimination, ils s’exposent à une possible remise en cause du contrat (l’entrepreneur préférant aller travailler avec d’autres ETT moins regardantes). Dans un système de sous-traitance généralisée sur Oyonnax, les agences d’intérim peuvent être considérées, de façon abusive, comme étant également des sous-traitants qui, si elles ne veulent pas cautionner telle ou telle attitude d’employeur, n’ont pour autant pas forcément d’autres choix que de contenter les desiderata de leurs clients, qui restent les « donneurs d’ordre », sous peine de perdre le marché ou d’avoir des retombées néfastes commerciales et économiques ou d’exposer de jeunes candidats à des fins de non-recevoir pour des raisons illégitimes. A contrario dans la mesure où la grande majorité du public des agences d’intérim du bassin d’Oyonnax semble être d’origine étrangère hors union européenne, le risque existe pour les employeurs qui émettraient ce type d’exigence à caractère racial d’une raréfaction de la main d’œuvre compétente localement. En outre dans un système d’accès aux emplois qualifiés qui serait hiérarchisé sur des caractéristiques liées à l’origine, le risque existe aussi que les populations concernées par cette distinction, notamment les jeunes diplômés, se détournent de cette branche industrielle et évitent de s’engager dans les formations qui s’y rattachent.

 

Ainsi, les possibilités de changement reposeraient essentiellement sur les capacités des acteurs à se donner de nouvelles formes de coopération avec les entreprises et de nouveaux cadres d’action, des indicateurs permettant de repérer et d’analyser plus finement l’existence de discriminations. Pour l’heure, malgré une sensibilisation des salariés aux discriminations, le questionnement sur les pratiques d’accompagnement et d’entretien de recrutement tend à être restreint à une gestion individualisée et silencieuse de ce problème ou au mieux à des échanges informels au sein de l’équipe de travail autour de la description de telles ou telles situations singulières, rarement analysées et explicitées en tant que telles et dans une perspective globale[6].

 

Même s’il s’agit d’une actualité prégnante, les salariés sont pris dans l’activité ordinaire de l’agence et dans une organisation et des habitudes professionnelles au quotidien qui tendent à un traitement des situations au cas par cas n’encourageant ni une vigilance accrue ni un traitement préventif et systématique de ces situations de discrimination.

 

Les agences locales sont conduites à privilégier le critère de l’accès à l’emploi (logique de placement) délaissant [en partie] les dimensions qualifiantes de l’insertion (logique de certification) et ses dimensions sociales (logique d’accompagnement)[7]. De telles contraintes économiques sont difficiles à gérer et peuvent contrarier l’ambition de travailler sur les conditions déontologiques et éthiques qui doivent encadrer les missions conduites par les opérateurs de terrain.

 

Ainsi s’il revient aux seuls acteurs locaux de se doter d’outils leur permettant d’agir sur le procès de discrimination, un travail permettant de sortir d’une forme d’isolement, devrait leur permettre de définir les infléchissements à opérer dans les actions concrètes notamment en matière d’accueil, de définition des modalités de coopération avec les entreprises. Il semble, de plus, indispensable de s’assurer que l’émergence et l’impact d’une telle initiative ne contredit pas les objectifs fixés aux agents et ne remet pas en cause l’avenir de l’activité de l’agence locale.

 

Un tel constat semble rappeler qu’une action seulement centrée sur les intermédiaires de l’emploi ne saurait, à elle seule, faire infléchir les directives et paramètres dépendants aussi des employeurs. Reprendre comme ligne de partage ceux qui seraient "producteurs de discrimination" (les employeurs) et ceux qui ne bénéficieraient pas d’un rapport de force favorable pour contrer ces discriminations (les professionnels de l’intérim), semble un peu trop schématique. En effet, c’est bien souvent en convoquant la responsabilité de « l’Autre » que l’on s’exonère de clarifier et de s’interroger sur le rôle qui est le sien. Un partenariat sur cette question peut s’avérer utile pour l’ensemble des acteurs.

 


 

III – METHODOLOGIE

 

Dans le cadre de ce diagnostic nous tenons à rappeler deux principes majeurs qui président à toute étude-action : l’anonymat et la confidentialité au niveau du traitement des données[8].

 

L’étude pourra essayer de mettre en exergue les arguments invoqués pour justifier le rejet de telle ou telle population d’origine étrangère. Comment la construction de la discrimination dans l’accès à l’emploi ou dans l’assignation des postes les plus pénibles aux mêmes personnes se construit et tend à se cristalliser autour d’une population-cible ?

Le travail d’enquête s’intéresse à l’activité ordinaire des professionnels de l’intérim et tend, dans ce dessein, à s’inspirer d’une méthodologie apte à comprendre et expliquer les mécanismes de discrimination dans l’accès à l’entreprise et la sélection des candidats au statut d’intérimaire.

Entretiens semi-directifs[9] à caractère exploratoire (entretiens dits informatifs) auprès de l’ensemble des salariés afin de s’imprégner du contexte de travail et des contraintes qui sont les leurs. Les conditions matérielles de ces entretiens d’une heure à une et demie seront négociées avec le responsable d’agence et les équipes de travail.

Ces entretiens permettent de saisir les catégories usuelles du travail. Cette attention "clinique" aux actions et aux relations qu’ils développent devrait permettre d’élaborer dans un second temps un guide d’observation.

 

Observations de l’accueil : présence à l’accueil de façon régulière et diversifier, selon des moments et des lieux différents (matin/après-midi, début/fin de semaine ; au côté de l’agent d’accueil, en situation d’attente…L’observation des pratiques constitue un matériau d’analyse complémentaire des entretiens réalisés avec les agents. Elle met souvent en évidence des savoir-faire et des techniques dites «spontanées» dont la richesse et les variantes permettent à l’observateur un retour constructif auprès des professionnels eux-mêmes.

Les observations se dérouleront à partir de notations ethnographiques : agencement du dispositif d’accueil, localisation des personnes, déroulement chronologique, descriptif du flux, des situations ordinaires, d’urgence ou de crise ; cadrage de la relation de face à face, gestion de l’attente, observation des interactions informelles, des civilités échangées, du registre de discours utilisé…

 

Des entretiens qualitatifs avec l’ensemble de l’équipe de travail, ainsi qu’avec des intérimaires, selon une grille de questionnements pré-établis par l’enquêteur, viendront compléter le matériau d’analyse. Un corpus d’intérimaires dans la production et dans les services sera constitué, en prenant en compte les critères d’origine, de sexe, tout en les croisant avec des critères de qualification. La sélection des critères pertinents sera fait avec les responsables d’agence (en raison de leur connaissance de la demande des employeurs et du public des intérimaires).

a) Du point de vue des clients existe-t-il une approche différenciée des populations d’origine étrangère ? Sur quoi repose-t-elle ? (équilibrage ethnique, ethnicisation des tâches ou des métiers du fait des capacités ou des réputations attribuées à tel groupe "ethnique", expériences négatives et régularités empiriques de ces difficultés imputées à des personnes appartenant à tel ou tel groupe ?

b) Quels sont les groupes dont l’accès à l’entreprise semble dépendre le plus de l’intérim ? identifier les causes. Comment se disent les difficultés à accueillir tel ou tel type de population au sein de l’agence ? Est-ce que les situations de discrimination vécues par les jeunes intérimaires sont verbalisées ? Dans quels termes, en rendent-ils compte ?

c) Quelle perception du phénomène ont les professionnels de l’agence ? Est-ce qu’une vision commune se dégage ? Quels sont les facteurs qui sont considérés comme défavorisant le candidat issu de l’immigration ? Existe t-il une corrélation entre l’existence d’une pression du marché (pénurie ou non des personnes qualifiées disponibles) et des demandes discriminatoires ? Quelles sont les configurations propices à la révision à la baisse des exigences en matière de critères discriminatoires ? Quelles sont les justifications avancées par l’employeur pour expliquer l’existence de critères restreignant l’accès à son entreprise pour telle ou telle population ?

d) Quels argumentaires sont énoncés pour essayer de convaincre l’employeur discriminant ? Quels sont les motifs -quand ils sont possibles- opposés aux demandes discriminatoires ? Comment se passe l’échange (conflictualité, médiation, négociation) ? Existe-t-il une discrimination touchant davantage les jeunes ?

 

 

Collecte de données et indicateurs mis en place afin d’analyser de manière plus quantitative l’activité de l’agence. Supports et outils de travail (formulaires d’inscription et documents administratifs)…

 

Organisation de temps de restitution bien identifiés dédiés à la présentation des éléments d’analyse et à une discussion autour de ces derniers avec l’équipe. Une réflexion collective et  un accompagnement pragmatique sur les moyens à investir pour lutter efficacement contre les discriminations sont possibles.

 

Une fois cette étude réalisée, ses conditions d’utilisation et de diffusion dans le cadre du partenariat de développement propre au programme EQUAL LUCIDITE seront examinées de manière à permettre une sensibilisation plus large des employeurs par l’intermédiaire des coordinateurs des contrats de développements Rhône-Alpes.