SOMMAIRE
Schéma
de l’organisation du projet LUCIDITE
Chantier « PREFECTURE »
« PRÉFECTURE »
* Etat d’avancement
* Perspectives
Des contacts avaient été pris auprès
des Préfectures de l’Isère et de Savoie en 2003. Plusieurs
raisons, notamment la plus grande disponibilité de la Préfecture
de l’Isère a amené à présenter le projet
LUCIDITE à la CODAC Isère puis à une réunion interne
à la Préfecture.
La décision de collaborer avec la Préfecture
de l’Isère a donc été retenue. Le service logistique
et ressources humaines ainsi que le service des relations aux usagers suivront
le projet. La proposition, ci-jointe, a été présentée
par les services à l’intersyndicale pour validation.
Nous
attendons l’accord pour démarrer le travail en Préfecture
programmé pour 2004.
Préfecture de
l’Isère
BP 1046
38021 GRENOBLE CEDEX
-Propostion-
AMELIORATION DE LA QUALITE
DE SERVICE
« Prévenir
les discriminations dans la relation aux usagers, l’accès aux
emplois de la fonction publique et le déroulement de carrière»
Annie MAGUER
ISM-CORUM
Novembre 2003I - Contexte
Dans un contexte relativement récent pour la France où la
lutte contre les discriminations en raison de l’origine, du patronyme,
de l’apparence physique, du sexe, des opinions… est réactivée
par une série de décisions intervenues à la fin des années
90 plusieurs partenaires (partenaires sociaux, services publics et entreprise
privée) se sont associés pour lutter contre les discriminations
dans l’emploi. La préfecture de l’Isère est partenaire
de ce projet avec le souhait d’inscrire cette recherche action en cohérence
avec ses objectifs de qualité de service.
Dans le cadre du projet Européen «Equal» cette recherche-action
s’inscrit dans une analyse comparée entre plusieurs milieux de
travail. En effet, la fonction publique est un milieu de travail où
les procédures, les règles internes, les critères d’accès
et de promotion professionnelle, sont a priori les plus codifiés, considérés
aussi comme les plus neutres et respectant le principe d’égalité
de traitement.
L’équipe d’ISM-CORUM chargée de mener cette
recherche-action développe depuis douze ans maintenant des études
et des formations sur les problématiques de qualité d’accueil
dans les services publics. Nous abordons la qualité de service à
la fois comme service (public) et comme usage. Plusieurs études nous
ont permis d’identifier que la qualité de service dépend
de la qualité d’un tryptique : relation hiérarchique,
relation de coopération entre collègues et relation à
l’usager (traitement du dossier et accueil la personne).
Trois axes d’analyses sont
possibles :
1.
Analyse
de la relation de guichet, sa place dans le service, les conditions de mise
en œuvre dans les services. Les usages qui en sont faits par les publics :
représentations et pratiques.
2.
Analyse
des procédés de validation des progressions de carrière
pour des modalités de l’évolution professionnelle :
intérêts et inconvénients du point de vue de l’égalité
de traitement.
3.
Analyse
d’une session de candidats au concours pour les fonctions préfectorales
: conditions de passation, analyse des épreuves proposées, passage
de l’écrit et de l’oral.
Point 1 : Amélioration de l’accueil
des usagers
Nous proposons une méthodologie
qui s’appuie sur la participation au diagnostic des différents
acteurs qui contribuent à la relation de service : les professionnels
d’une part, les usagers d’autre part, considéré
individuellement ou collectivement s’il existe un comité d’usagers.
La qualité de service aux usagers est devenue
une des préoccupations majeures des institutions publiques Que cette
préoccupation vienne des analyses critiques faites par certains experts
ayant montré les limites des modèles bureaucratiques d'organisation
du travail, ou de la pression sociale venue des usagers-citoyens mieux informés
et plus exigeants sur la qualité des services qu’ils soient publics
ou privés. Cette qualité de service ne peut s'envisager uniquement
du point de vue des directions, ni du point de vue des usagers, elle doit
prendre en compte les situations professionnelles concrètes dans lesquelles
les agents sont placés. Comment, en effet espérer des transformations
importantes de pratiques sans la compréhension et l'action des agents
sur qui cette relation repose, notamment dans sa partie visible et publique
?
Nous proposons d'analyser les pratiques relationnelles
entre agents et usagers, afin d'y repérer quels sont les enjeux qui
les traversent. Il existe une structuration des postes et des rémunérations
qui organisent et hiérarchisent les fonctions.
Les situations de travail élaborent en effet
des représentations différentes de la relation de service. Si
le sentiment d'intervenir dans l'urgence est devenu commun à un bon
nombre de professionnels ayant à faire aux publics, l'aspect dit «social»
de la relation de service semble prendre de l’importance sur l'aspect
administratif. Urgence, travail «social» plus qu' «administratif»,
usure, sont les mots qui reviennent souvent pour décrire l'ambiguïté
des rôles professionnels tenus par les agents. Selon une hiérarchie
intégrée par les professionnels plus on s’approche physiquement
de l’usager moins il y aurait de technicité, plus il y aurait
de relationnel et moins de qualification. Ces représentations du travail
sont à expliciter et à contextualiser selon les positions professionnelles
acquises.
L'étude des pratiques des professionnels de
contact, se fera selon trois modalités d'analyse : l'observation des
situations de contact, le recueil des discours tenus par les différents
professionnels (agents, cadres et direction) sur les relations aux publics,
le recueil des prescriptions explicites (notes de service, réunions
de service, discours officiels, etc...) qui caractérisent les services
au public dans la préfecture.
a) L'observation
L'observation dite «participante» est
une démarche de l'ethnologie que nos intervenants pratiquent ou ont
pratiqué lorsqu'elle était possible. Elle consiste à
participer aux activités quotidiennes, à les partager, afin
de mieux les comprendre en ayant ainsi accès aux habitudes, aux usages
en cours, aux savoir-faire. L’observation des situations d’accueil
permet également le contact avec les usagers lorsqu’ils attendent
d’être accueillis. Adaptée aux situations en milieu de
travail, elle consiste à présenter et à faire partager
aux acteurs de l'étude, l'intérêt d'une démarche
d'observation des pratiques par un « observateur extérieur »
dont le but, in fine, est d'apporter des éléments complémentaires
ou contradictoires à ceux qu'ils possèdent. Cette démarche
est explicite, présentée et discutée, elle ne doit pas
être perçue, comme pouvant être utilisée contre
ceux qui auront accepté d'y participer. L'intérêt est
que cette observation puisse être admise et vécue par les personnels
comme un moyen de participer à la réflexion sur leurs propres
pratiques. [1]
Cette démarche nécessite un protocole
d'observation qui sera mis en place par les chercheurs consultants et les
directions de service. C'est au niveau du comité de recherche-action
local que peuvent être présentées et négociées
les conditions d'études et leur préalable en terme d'information
et de mobilisation des agents autour de ce thème de la relation à
l'usager.
La
relation de service, considérée comme interaction, se manifeste
selon trois registres[2]
: technique, contractuel, enfin le registre de la sociabilité ou des
civilités ; registre dans lequel les interlocuteurs échangent
des signes, des formules et des comportements destinés à faciliter
l'interaction en principe mais qui peuvent aussi être objets de tensions
et d'incompréhensions pouvant mettre fin à la relation. Dans
les relations de service public, un autre registre apparaît celui de
la justification des actions en raison de la dimension d'intérêt
général qui sous-tend l'action publique (réglementation,
autorité...). Ces quatre registres sont à prendre en compte
dans l'analyse des situations de contact, afin de mettre à plat les
compétences « spontanément » mobilisées
dans chacune.
-
De repérer les modes relationnels : les relations entre services de
l’Etat et usagers ne peuvent être limitées aux seules interactions
épisodiques, ni à la somme de ces relations épisodiques.
En effet, certaines relations ont un caractère durable et/ou renouvelable
qui invite à repérer les situations de contact de deux manières
: du point de vue de leur flux (addition des situations) et du point de vue
de leur singularité (traitement d'une situation d'un usager).
- D'identifier des situations clés : situation de difficulté, situation optimale, situation ordinaire afin de les observer dans leur entier déroulement. Les observations doivent en effet pouvoir décrire des modes opératoires avec l'enchaînement le plus précis possible des interactions.
b)
Recueil des discours
Une grille d'entretien semi directive sera élaborée pour
les agents, les cadres et la direction. Elle sera orientée sur les
représentations des uns et des autres à propos de la relation
de service aux publics : descriptions, compétences requises (dites
personnelles, dites professionnelles), place de la relation de contact, qualification
requise, représentations de ce qui pose problème, des conditions
facilitatrices ; façon dont les professionnels (selon leur fonction
toujours) construisent des catégories d’usagers (catégorisations
: catégories officielles, spontanées) ; comment les professionnels
considèrent les relations aux publics par rapport aux représentations
qu'ils se font des priorités de leur fonction (composante annexe, nécessaire,
utile, prioritaire...) ?
c)
Recueil des prescriptions
Cette phase consiste à prendre connaissance de l’environnement
de travail, réglementations, circulaires, notes et réunions
de service. Il s'agit de faire apparaître le système de contraintes
de l’environnement professionnel
Point 2 et 3 :
Suivi d’une cohorte de candidatures : profils du public postulant
à comparer au profil de la population active sur le bassin concerné.
Qui se présente (formation, diplôme, sexe, âge, origine
sociale et culturelle), qui termine ? Analyse réalisée
auprès de quelques personnes ayant passé les épreuves
(quelques cas d’échec, quelques cas de réussite). Profil
de la cohorte au moment où elle se présente par rapport au profil
de la population la plus large. A l’échelle de l’agglomération
lyonnaise on ne retrouve pas dans la fonction publique la même proportion
de français par acquisition que dans le reste de la population active.
On prétendra suivre cette cohorte dès le moment où elle
se présente et tout au long du processus : renoncement à
se présenter à partir de la représentation que certains
candidats ont de l’accessibilité aux concours de la fonction
publiques (étapes du concours, oral, écrit, informations reçues).
Analyse des éléments concrets : dates posées, lieux,
examens, questions posées… Notre objectif est de constater par
quels moyens est assurée la neutralité des recrutements dans
la fonction publique. Quel est son impact en terme d’égalité
de traitement dans l’accès à la fonction publique des
personnes issues des groupes les plus discriminés dans l’accès
à l’emploi et l’évolution professionnelle que sont
les personnes françaises de couleur et d’origine maghrébine.
II – Organisation du comité
Constitution d’un comité de recherche-action local :
- Direction des services aux usagers,
- Direction des actions interministérielles,
- Direction des moyens et de la
logistique,
- Intersyndicale.
Prévoir une ou deux restitutions ouverte aux
agents de préfectures.
Une restitution de l’étude au groupe GRH constitué
des directions des ressources humaines de l’inspection académique,
des services fiscaux et de la trésorerie générale.
[1] Nous avons réalisé plusieurs études
d'observation des pratiques dans des foyers de la protection judiciaire
de la jeunesse, ainsi que dans quatre caisses d’allocations familiales
et enfin dans des préfectures, où nous avons négocié
notre mode d'intervention pour mettre en place cette démarche d'observation
et d'écoute.
[2] J. Gadray, « les relations de service
et l'analyse du travail des agents », Revue de sociologie du
travail, n° 3, 1994, pp 381-388.