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BUCAREST entraperçue - interview de Marie-Jeanne -

Alors qu'as-tu vu de Bucarest ?

Il n'est pas aisé entre deux réunions de capter quelques images significatives de Bucarest.

La ville est attachante, elle parle d'une communauté de culture franco-roumaine. Elle a aussi un rapport à l'histoire très marqué.

Coté influence française on remarque une exposition sur Yves Saint Laurent au musée des beaux arts , ici et là des enseignes de magasins à la française "Ma Dame" en deux mots pour un commerce d'habillement par exemple. L'Ouest de la ville ressemble à la banlieue huppée de l'ouest parisien : superbes villas cachées sous les frondaisons, parcs. La ville a également un coté très hausmanien comme tu le vois sur cette photo.

Coté sensibilité historique on remarque une exposition de photographies sur "solidarnosc" qui occupe les grilles du musée d'histoire. L'histoire s'invite à tous les coins de rue et tu as le sentiment que bien des cicatrices sont encore douloureuses : tu as une adorable chapelle enchassée dans une cours de HLM pour la rendre invisible au passant. Les bâtiments ont encore les impacts de balles de "la révolution" qui a vu la fin du régime Ceaucescu. Seule la façade de l'ancien théatre national est demeurée debout après les bombardements de la seconde guerre mondiale : Novotel a consolidé cette façade et a construit à l'arrière ses équipements dissimulés derrière une façade vitrée . Une réussite architecturale que l'on oppose ici au centre d'affaires construit par Bouygues jugé peu respectueux de son environnement historique.

Comment se traduit la mondialisation qui occupait votre séminaire ?

Par les enseignes si pareilles à celles que l'on trouve dans les banlieues de nos grandes villes : IKEA ou BRICOSTORE par exemple. De nombreux grands groupes français ont un siège : Peugeot , la société générale qui a racheté et filialisé une banque locale, BNP Paribas qui termine ses bureaux ...

La crise est-elle sensible ?

Pas dans le développement urbain pour le moment et je dirais même au contraire : à Bucarest tout est en chantier , les trottoirs, l'électricité et le téléphone. Les bâtiments semblent pousser dans la plus grande anarchie ce que me confirme Radu.

Les archives de la propriété immobilière ont disparu avec le régime de Ceaucescu. Aujourd'hui 4 témoignages permettent de s'octroyer un terrain ou une maison. Les abus n'ont pas tardé et récemment en classant un site en parc naturel d'Etat plusieurs "propriétaires" se sont soudain déclarés. Le gouvernement a dû les indemniser.

Tout est bon pour limiter l'envolée des loyers y compris occulter par d'énormes bâches publicitaires plusieurs étages occupés ! ils ont "de l'ombre gratuitement" sourit Sergiu notre interprète.

Cependant on m'a signalé des licenciements massifs dans le domaine bancaire par exemple. Le chômage est une hantise pour les salariés lourdement endettés qui pour l'achat d'une voiture, qui pour celle d'un logement.

Les salaires ?

Le SMIC est à 150€. Ce minimum ne veut plus rien dire : à Bucarest il est difficile de vivre à moins de 300€.

Les salariés exercent souvent des activités très prenantes au détriment de leur vie de famille et changent facilement d'activité.

Ainsi Cristina notre interprète travaille-t-elle près de 14H par jour en indépendante faute de mieux. Elle se forme aussi dans l'espoir de devenir interprète à Bruxelles. Sergiu était médecin. Le métier s'est tellement dévalorisé qu'il a changé d'orientation c'est ainsi qu'à 40 ans il exerce désormais lui aussi en indépendant le métier d'interprète. Son épouse et ses deux petites filles ne le voit guère.

Pendant que beaucoup peinent pour accéder à notre niveau de vie, dans la rue L'inégalité des situations est visible : logan et voitures de grand luxe ou monstrueux et rutilants 4X4. vêtements de grande marque et low cost manifeste.

La protection sociale ?

L'entraide générationnelle est très importante. Sergiu le sait mieux que quiconque, lui qui vit en chef de famille, sous le même toit que 4 générations de femmes : sa grand-mère, sa mère , sa femme et ses deux filles.

La retraite des salariés des coopératives agricoles s'est totalement dévalorisée avec le changement de régime. Dans les églises orthodoxes que nous visitions, j'ai eu la surprise de voir Sergiu remettre discrètement un billet à une vieille dame : "elle n'a pas assez de retraite" m'a-t'il dit, "alors il est d'usage d'aider".

Un bruit caractéristique à Bucarest ?

Les bruits de circulation sont communs dans nos métropoles mais ceux de Bucarest sont particuliers. A la sortie du travail vers 18H, les conducteurs sont fatigués, impatients : on entend les sifflets stridents des agents de la circulation qui se font copieusement klaxonner et comme les choses ne s'arrangent pas c'est bientôt les sirènes à l'américaine qui emplissent l'espace.

L'abus d'alcool semble un mal partagé en France et Roumanie : un conducteur a réveillé tout l'hôtel sur le coup des deux heures du matin pour avoir joué aux quilles avec les protections piétons du trottoir il s'est immobilisé l'avant du véhicule réduit d'un bon quart.