Qui sont ces saisonniers qui vous accueillent ?

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ZOOM SUR LES DEBATS DU COLLOQUE EUROPEEN SUR

LA PRECARITE DANS LES METIERS DU TOURISME et chez LES TRAVAILLEURS TRANSFRONTALIERS


3 présentations ont été faites des situations de l’emploi dans le tourisme dans différents pays : par Christian JUYAUX (Cfdt Rhône Alpes) pour la France, par Gian Marco GILARDONI (CISL Lombardie) pour l’Italie , par Joan SAMSO (UGT Catalogne) pour l ’Espagne


POUR LA FRANCE

Christian JUYAUX nous a présenté une enquête réalisée l’hiver dernier en Savoie, Isère, Alpes, Hautes Alpes et Pyrénées, faite sous forme de questionnaire qui s’adressait aux saisonniers et pour laquelle nous avons pu traiter 304 retours.

En France on parle d’emplois saisonniers car il s’agit principalement de ce type de contrat que l’on retrouve dans le tourisme. Il s’agit d’emplois précaires, qui diffèrent du contrat à durée déterminée puisque à la fin du contrat, le salarié ne perçoit pas la prime de précarité (10% de ses revenus bruts).

Cette enquête compte majoritairement des réponses d’hommes, dont 81% ont moins de 35 ans et les 2/3 sont célibataires. 65% ont moins de 5 ans d’ancienneté.

Une forte proportion de salariés souhaite travailler ou bénéficier d’une formation après la saison, soit 86%. 41% des salariés interrogés touchent une indemnité chômage mais toutes les heures ne sont pas prises en compte, c’est ce que l’on appelle le « travail gris ».

En France il existe certains dispositifs de formation tels que le bilan de compétence, dont 41% des répondants ignorent ce que c’est, et la validation des acquis et de l’expérience (VAE) que 57 % ne connaissent pas.
Ces chiffres mettent en exergue la faiblesse de la formation dans les emplois du tourisme.

En général les salariés du tourisme ne se plaignent pas trop des conditions de travail, mais il demeure une proportion forte d’hommes qui rencontrent des difficultés. Les saisons sont en moyennes d’une durée de 4 à 5 mois, comme dans les autres pays partenaires d’ailleurs.

Enfin, lorsqu’il est demandé à ces salariés leur préoccupation pour améliorer leur conditions de vie et de travail :

  1. Logement ;
  2. Accompagnement dans la recherche d’un emploi ;
  3. Garantie de meilleures conditions de travail sans risque de perdre son emploi.

Cette troisième réponse renvoi au fait que seulement 5% de ces salariés sont syndiqués, et 20% envisagent d’adhérer, il reste donc un grand travail à mener.

POUR L'ITALIE

  • Gian Marco GILARDONI s'est appuyé pour son intervention sur une observation de l'emploi interrégional.

Entre la Suisse, la France et l’Italie, il y a plus de 200.000 travailleurs transfrontaliers.

Les difficultés liées à la mobilité du travail trouvent leur source dans les accords bilatéraux de juin 2002 qui instaurent la libre circulation des personnes.

Depuis 2002 le travail transfrontalier a profondément changé puisque les agences intérimaires Suisse peuvent recourir à la main d’œuvre Française et Italienne et la réciproque n’est pas vraie.

Le statut de travailleur saisonnier est abolit.

En Suisse il n’y a pas de Convention Collective qui encadre les agences intérimaires.

Les travailleurs Italiens et Français sont attirés par les salaires proposés par les agences Suisse alors que ces Salaires sont bien inférieurs que ceux proposés aux Suisses.

Se développe de ce fait un véritable Dumping salarial !

En Suisse il n’y a pas de salaire minimum, il y a donc une pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail.
Les diplômes et qualifications professionnelles ne sont également pas reconnus en Suisse.
Par exemple l’apprentissage en France, à son terme, donne droit à un diplôme, alors qu’en Italie, aucune qualification professionnelle n’est délivrée, de nombreux outils ont le même nom mais pas le même contenu, ce qui est problématique pour les travailleurs transfrontaliers.

En Italie le travail intérimaire existe depuis 1996 et grâce aux organisations syndicales représentatives en 1998, une convention collective réglemente ce type d’emploi.
Trois organismes bilatéraux ont été créé et s’occupent de la formation initiale, continue  et « on the job » des travailleurs intérimaires, de leur protection en cas d’accident du travail etc.…

En Suisse l’environnement est différent à tous les niveaux puisque la Suisse n’appartient pas à l’Union Européenne, et ce même si elle doit respecter les Directives Européennes par l’adoption d’accords bilatéraux.

« C’est une jungle »

Les syndicats projettent une convention collective en vue d’endiguer les risques de dumping salarial, et les risques de non paiement de cotisation sociale.

Les organisations syndicales ont la volonté d’introduire un système de formation continue, d’introduire des minimas sociaux et une protection de la santé, puisque pour l’exemple en Suisse la maternité est considérée comme une maladie !

L’objectif à atteindre est l’amélioration du secteur tourisme et de la qualité de l’emploi, en mettant en place des groupes de travail interrégionaux capables de comprendre les enjeux, endiguer la précarité, rendre équivalent les diplômes et s’ouvrir à de nouveaux marchés en se présentant comme acteur unique, à une seule voix.

Le tourisme doit être un tourisme de système, en mettant en œuvre une action publique et une action privée, dans la proposition de biens et services, sans oublier l’environnement.

POUR L'ESPAGNE

  • Joan SAMSO expliquait préalablement que certains facteurs en Catalogne conditionnent le secteur du tourisme.En Espagne la notion de tourisme est englobée dans celle de service.

Ces dernières années les institutions ont fait le pari de changer de modèle touristique, qui exploite seulement le tourisme d’été, balnéaire. Les organisations syndicales misent sur la création d’un nouveau tourisme avec une offre culturelle et environnementale, plus travailler dans le sens du tourisme rural.

D’un point de vue structurel en Catalogne sur 10 ans il y a eu 1 million d’habitants en plus, principalement des étrangers.

Aussi dans l’emploi, les nationaux se dirigent plus vers l’industrie et le service et les immigrés qui souffrent de la barrière de la langue dans le bâtiment (origine : africaine nord et sud, et Europe de l’est), et les autres vers le tourisme (essentiellement les gens issus d’Amérique Latine).

Le tourisme en Espagne représente 11% du PIB.

L’Espagne et plus précisément la Catalogne détient un offre culturelle importante, telle que la « Sagrada familia », Cadaquès, et d’autres endroits bien moins connus où des maisons d’hôtes et gites sont à développer.

En Espagne ce sont aussi majoritairement les hommes qui travaillent dans le tourisme (61%) et essentiellement les jeunes qui sont employés comme saisonniers.

Avant la crise il y avait 6 à 7 % de chômage. Aujourd’hui l’augmentation des restructurations risque d’inverser la tendance.

Le recours à l’immigration est énorme dans le secteur touristique et ce au détriment de la formation donc de l’emploi et de la qualité du tourisme.


 

CONCLUSION DES TRAVAUX


 

La précarité des personnels du tourisme augmente de façon exponentielle depuis quelques années.
Les contrats sont plus courts et de moins en moins à durée indéterminée.
On demande de plus en plus de polyvalence et paradoxalement pour moins de qualification.

Il faut remédier au désengagement de l’Etat dans la politique sociale du tourisme.

Aussi se sont dégagés de part et d’autre lors de cet atelier, la volonté d’améliorer la qualité du tourisme, et des emplois dans le tourisme, en passant par la professionnalisation, soit, le développement des compétences et l’uniformisation ou l’équivalence des diplômes.

Cette volonté est attachée au dialogue social ou bilatéralité ou gouvernance interrégionale (ces 3 notions en recouvrent une seule mais les deux dernières sont plus fréquemment employées par les Italiens, aussi pour que tout le monde s’y retrouve…), qui doit déboucher sur des groupes de travail qui mèneront des actions concrètes.

Les partenaires souhaitent développer la sécurisation des parcours professionnels ou la « flex-sécurité » (pour l’Italie), soit un soutien pendant les périodes creuses par la formation : VAE, bilan de compétence ou la mise en place de parcours professionnels.

La mobilité géographique et professionnelle doit être négociée absolument avant que le gouvernement ne s’en saisisse.

Les partenaires doivent se saisir de ces questions essentielles pour endiguer la précarité donc améliorer le secteur tourisme et créer de l’emploi non précaire.

Lors de cet atelier l’Etat des lieux a été fait, et nous avons vu se dégager des volontés similaires.

Nous avons répondu aux questions de Bruno LAMOTTE, sauf pour les dernières (Abordera- t- on des problématiques d’ingénierie de formation en concertation avec les acteurs publics de formation et de gestion de l’emploi ? et souhaite- t- on  finalement aller vers des accords locaux de gestion de l’emploi et de la formation avec le service public et les organisations patronales ? ira-t-on jusqu’à construire des partenariats formalisés pour gérer ces problèmes ?).

Donc il reste à mettre en place d’une action concrète.