POSITIONS DE LA CFDT DE LA LOIRE

 

La description des réalités économiques et sociales éclaire le positionnement et les revendications de la CFDT dans le département de la Loire.

 

La CFDT relève qu’en Europe, plusieurs pays se développent  économiquement.

Ce n'est donc pas, à notre sens, le contexte international qui est le plus pénalisant, c'est la stratégie choisie par les entreprises de notre territoire.

 

Pour la CFDT , il est urgent de mettre en œuvre dans la Loire une politique incitative qui permette des réponses structurelles aux difficultés que connaît ce territoire sur le plan économique en raison de l’insuffisance des investissements dans la formation, notamment dans l’enseignement supérieur, mais aussi dans l’innovation et la recherche.

 

 

Nous illustrerons notre positionnement par un tour d’horizon concernant les problèmes qui nous semblent les plus urgents à résoudre  :

 

 


EVOLUTION DE L’EMPLOI DANS LA LOIRE


PERTE QUANTITATIVE D'EMPLOIS :

 

La Loire a perdu 3% de ses emplois privés entre 2001 et 2004. Le département comptait   191 994 emplois en 2001 il n’en restait que 185 827 en 2004.

 

Si les effectifs dans la construction et dans les services sont en augmentation cela ne permet cependant pas de compenser les pertes subies par le  commerce et l’ industrie.

 

Dans le secteur industriel, la Loire a subi de très nombreuses restructurations et en subit encore ce qui contribue à faire disparaître les grandes entreprises et surtout les centres de décisions.

 

Le tissu industriel est maintenant constitué de très nombreuses TPE, qui font de la sous-traitance et se positionnent dans une démarche de concurrence sur les tarifs et non sur une concurrence qualitative.

72% des entreprises du secondaire et 92% du tertiaire ont moins de 10 salariés.  Ces entreprises n’ont pas la taille critique nécessaire à une relative indépendance sur le marché.

Elles survivent au gré des marchés qu'elles peuvent conquérir, avec des périodes de haute activité, au cours desquelles les salariés n'hésitent pas à faire des heures supplémentaires, même s'il faut travailler en horaire décalé ou de nuit sans pour autant parvenir à réguler la charge de travail .

 

Il est donc impossible d'envisager une augmentation de l’emploi industriel et pas même une hausse durable des salaires par augmentation des heures de travail.

 

PERTE QUALITATIVE D'EMPLOIS :

 

La perte quantitative d’emplois industriels s’accompagne donc d’une perte qualitative marquée par le développement de la précarité à travers les CDD et  l'intérim.

 

 

(Chiffres ADEL - ELO)

2001

2005

Variations

Salariés Privé Assedic

191 994

187 308

-2,44%

Hommes

110 531

107 596

-2,66%

Femmes

81 463

79 712

-2,15%

Intérim

7 334

8 514

16,09%

Industrie

66 889

57 315

-14,31%

Construction

14 912

16 096

7,94%

Commerce

31 257

30 383

-2,80%

Services

78 907

83 458

5,77%

Chômage 31/12 (DEFM Cat 1)

26 355

26265

-0,34%

 

Dans l'industrie, ce sont les secteurs de la métallurgie (28 923 emplois) et du textile (10 350 emplois) qui perdent le plus d'emplois et le mouvement risque de perdurer car les employeurs de ces deux secteurs demeurent encore majoritaires dans le département.

En 2005 l’emploi industriel ne représentait plus que  32% de l’emploi total contre  60% des emplois dépendant du tertiaire et 40% du secondaire.

 

Faute de développement de l’emploi au pays, la Loire perd sa jeunesse : les jeunes diplômés quittent le département.  Ceux qui restent se voient cantonnés à des emplois qui ne peuvent pas leur permettre de construire leur avenir .

 

La CFDT se bat pour que les entreprises développent :  

  • des activités créatrices d'emplois durables
  • et des activités correctement rémunérées.

L’insuffisance des créations d’emplois « durables » est due pour la CFDT  à l’insuffisante capacité d'innovation des entreprises.

 

L’innovation est  difficile et coûteuse, notamment pour les entreprises de taille réduite  qui constituent l’essentiel du tissu économique de la Loire, sauf à envisager de conduire des démarches collectives en matière commerciale, de recherche et développement, voire de recrutement de personnels qualifiés  par le biais de groupements d'employeurs.

 

La CFDT apporte donc son soutien à toutes les démarches qui vont en ce sens et notamment à celles des pôles de compétitivité.

Plusieurs pôles de compétitivité (Via Méca, Sportaltec, Techtera, Viande et produits carnés) concernent en effet le département de la Loire et sont destinés à  soutenir le développement d’activités innovantes issues de la recherche et génératrices d’emplois. L’ADEL et les CCI  encouragent cette  démarche collective partenariale inter - entreprises.

 


FORMATION


Cette dynamique des pôles de compétitivité pourrait être utilement soutenue par le développement de la formation initiale et continue.

 

Malheureusement   la CFDT constate que les entreprises n'ont pas l'ambition de développer et enrichir les compétences de leurs salariés et  en veut pour preuve le fait que chaque année, de nombreux étudiants s'adressent aux structures de la CFDT pour être aidés à obtenir des stages en entreprises.

 

 

 


SALAIRES


Concernant les rémunérations , La CFDT revendique des déroulements de carrière  fondés sur une amélioration des qualifications et assortis d’augmentations salariales.

 

La CFDT rappelle que les négociations de mise en place des 35 h ont permis aux entreprises d'optimiser leur organisation du travail et l’on doit aux 35H les excellents résultats des salariés français en matière de productivité horaire.

 

Les salaires dans la Loire n’ont pas suivi ces gains de productivité. Ils demeurent les plus bas de la région : ainsi, dans le Roannais, la moyenne des revenus annuels s'établit à 14 547 € en 2003  contre 16 985 € en moyenne pour  la région Rhône-Alpes.

 

La question salariale existe non seulement dans le secteur industriel mais également  dans le tertiaire pourtant créateur d’emplois car bénéficiant de l'externalisation de nombreux services d'entreprises et du développement des services à la personne. Dans ce secteur de nombreux emplois demeurent proposés à temps partiels, à bas salaires, et avec peu de garanties collectives… Ces temps partiels, dans le commerce et le maintien à domicile en particulier, sont de plus scindés en plusieurs séquences sur la même journée, ce qui interdit toute possibilité d'augmenter le temps de travail  .

 

Travailler plus est une réelle revendication, non pas pour ceux qui sont à 35h, mais pour tous les salariés qui sont en Intérim (8 514 en 2005, en hausse constante depuis 2001) ou en CDD et qui ne font pas un temps complet sur l'année.

 

Dans les fonctions publiques, l’absence d’accord salarial depuis 1998 classe l’Etat au rang des plus mauvais employeurs du pays. Face à cette situation la CFDT revendique l’ouverture de négociations sur les salaires des fonctionnaires.

 


DIALOGUE SOCIAL


Dans ce contexte, les relations sociales qui devraient découler de la dynamique économique des entreprises et la soutenir sont  déficientes.

 

Le dialogue social n’est pas souhaité par la majorité des employeurs de notre département qui n’ont aucun projet économique cohérent  en matière d’investissements, de formation ou d’innovations à proposer comme base de discussion aux partenaires sociaux.

 

Compte tenu de la disparition de grandes entreprises et faute de dynamisme  entrepreneurial, l'économie ligérienne est devenue  dépendante de la politique régionale et la CFDT s’investit donc à ce niveau de responsabilité par l’intermédiaire de ses représentants au CESR .

 


INSERTION


Les travailleurs pauvres :

 

Ce public, d'abord apparu dans le Roannais, est aujourd’hui présent dans l'ensemble du département. La situation économique et sociale de la Loire a mis de nombreux salariés en situation de précarité dans des emplois à temps partiels, avec des salaires horaires au SMIC  et un déficit de formation professionnelle qui ne facilite pas leur mobilité professionnelle

 

Les ménages en grande précarité, en voie de marginalisation ou déjà fortement marginalisés, se rencontrent non seulement dans les secteurs urbains, mais aussi dans les secteurs ruraux.

Cette situation pose un problème spécifique car en milieu rural, il y a très peu de services publics et des moyens collectifs de déplacement très limités. Les familles sont donc particulièrement isolées.

 

Faute d’un temps de travail suffisant ces ménages aux revenus très modestes ont des difficultés à accéder à l’indemnisation ASSEDIC et aux droits connexes comme le RMI. Ils ne parviennent plus à régler  les  charges financières de leurs logements. C’est notamment le cas de toutes les femmes qui travaillent à temps partiels dans les métiers du service. Ainsi, dans le secteur du maintien à domicile, les AVS font preuves de grandes compétences pour accompagner les personnes en fin de vie. Mais ces compétences ne sont ni reconnues ni traduites dans les salaires.

 

L’accompagnement des bénéficiaires du RMI :

 

La CFDT a en outre de vives inquiétudes sur l’accompagnement des bénéficiaires du RMI.

Le département privilégie l’insertion professionnelle des bénéficiaires : on ne peut que se réjouir d’un tel but, mais on peut craindre que les moyens mis en œuvre pour y parvenir soient insuffisants.

 

Certains bénéficiaires du RMI sont très marginalisés comme nous l’avons vu précédemment. Il faut souvent leur reconstruire une existence sociale.

Avant la décentralisation totale du RMI, les services sociaux pratiquaient un accompagnement qui tenait compte du temps nécessaire à un bénéficiaire pour construire son nouveau projet professionnel.

Aujourd’hui, l’accompagnement devient formaté, déshumanisé, le Conseil Général a prévu des procédures de suspension de l’allocation très rapides et particulièrement sévères.

L’organisation du suivi entre les services chargés de l’accompagnement est très complexe. Actuellement, on gère des flux de personnes, des dossiers sans vraiment se soucier de ce que les intéressés ont à dire.

 

Il faut trouver des solutions individuelles pour chaque réinsertion comme cela se pratique pour l'insertion des Travailleurs Handicapés.

 

La CFDT dénonce d’ailleurs l’utilisation, à des fins de financement de la politique d’insertion, des fonds sociaux européens qui doivent être réorientés sur les pays de l’Est et ne sont donc pas des ressources pérennes. L'insertion n'est pas leur objet : le FSE est destiné à soutenir les initiatives de développement économique et social.

 

La France a les moyens de mener sa politique d'insertion et doit donc prendre ses responsabilités.

 

Il est notamment scandaleux que l'Etat refuse de financer les dispositifs de maintien dans l'emploi des travailleurs handicapés, qui permettent, chaque année, à plus de 200 salariés de rester en activité et  de vivre de leur travail et non de l'assistance.

 

Ce dispositif est tout à fait remarquable dans le sens où il met le nouveau projet professionnel du salarié au centre du dispositif  et coordonne les interventions des nombreux acteurs concernés pour le faire aboutir.

 

En conclusion la CFDT estime qu’il est de la responsabilité de l'Etat de permettre l'accès à l'emploi à tous et notamment aux personnes en difficulté. Le regroupement de l'ANPE et de l'ASSEDIC doit y contribuer par un meilleur accompagnement.

 

Toutefois, l’Etat doit également avoir un rôle incitatif vis-à-vis du patronat qui doit modifier son comportement dans les métiers qui connaissent des difficultés de recrutement  lorsque  ces métiers ont une mauvaise réputation en terme de conditions de travail, de salaires, de reconnaissance et développement des compétences.

 


TRANSPORTS


 

 

 

 

Dans le cadre du Développement Durable et face aux dérèglements climatiques en cours, il faut réduire les émissions de Gaz à Effet de Serre qui sont notamment dues aux transports , or, les distances domicile-travail ne cessent de s'accroître.

 

Ainsi dans la Loire de nombreux salariés se rendent tous les jours de Roanne ou de Saint Etienne à Lyon, par le train ou par la route.

 

La Cfdt souhaite que soient rapidement aménagés des moyens de transports collectifs performants.

La ligne SNCF est saturée entre Saint Etienne et Lyon et il n'y a pas de liaison directe entre Saint Etienne et l’aéroport Saint Exupéry.

Les réseaux routiers du département sont saturés et dangereux.

 

Les coûts générés par ces situations n’ont jamais été calculés.

 

Il faudrait revoir l'aménagement du territoire et localiser dans la Loire non  seulement des entreprises de production, mais aussi des entreprises de conception, de développement, en lien avec les universités.

 

Dans l’immédiat la CFDT souhaite la mise en place du chèque « transport » .

 


LOGEMENT


UN TOIT POUR TOUTES LES BOURSES :

 

L’accès au logement est rendu délicat par le nombre réduit de logements sociaux, ou par leur concentration dans certaines communes uniquement.

 

Chaque année le nombre des demandes financières liées à l’accès à un logement ou au maintien dans le logement augmente, ainsi que les enquêtes assignation (préalables aux expulsions).

 

Toutefois la prévention est possible et de nombreux travailleurs sociaux font de l’ accompagnement collectif, de telle sorte que des réseaux se tissent, que des solidarités s’organisent.

 

Les aides financières liées au logement ont connu une hausse entre 2004 et 2006 de 8,5 % sur l’ensemble du département.

Malgré cela, les inscriptions au fichier départemental des personnes défavorisées qui préfigurent les requêtes du droit au logement opposable qui prend effet en décembre 2008, et les assignations avant expulsions ou enquêtes préalables à expulsions ont très fortement progressé ces dernières années.  

 

Pour la CFDT de la Loire ces procédures sont le signe du mal logement et de l’endettement. La CFDT souhaite donc un moratoire sur l'augmentation des loyers. PLUS sur l'action de la CFDT

 

EVITER LES EFFETS GHETTOS :

 

On observe par ailleurs une ségrégation spatiale des populations en difficulté qui aggrave la dépression sociale et limite les relations avec le monde du travail, avec la société active, avec ces réseaux de connaissances qui permettent d'accéder aux offres d'emplois car de nombreux emplois sont pourvus par relations et recommandations et non par les services de l’emploi.

 

En parallèle de cette ségrégation spatiale apparaît un clivage social qui ne permet plus de développer des projets avec le monde des décideurs.
En cause : les scandales à répétition que constituent les captations de richesses collectives à travers les stocks options, l’abondement de fonds secrets comme ceux de l'UIMM, les retraites des parlementaires, les bénéfices des grands groupes (commerces, pétroliers) etc … Localement, la suppression de certains centres de décisions a laissé également d’anciens salariés totalement démunis.

 

Pour ces publics en difficulté cela démontre qu'il y a de l'argent, qu'il est mal réparti et que le travail ne permet souvent pas même de survivre et encore moins de s'enrichir… Cela va à l’encontre de toutes les valeurs historiquement portées par notre territoire.

 

Cette situation a des répercussions en terme d’incivilités de personnes de toutes origines sociales qui prennent à partie les salariés des services qui représentent « l’autorité » : les services de police, les contrôleurs de transports en commun, les agents d'accueil des différents services au public, etc..

 

Plus que de stigmatiser ces conséquences, voire de chercher à en tirer un profit, la CFDT de la Loire estime qu'il faut s’attaquer aux causes.

 


FINANCEMENT DE LA SANTE ET DE LA DEPENDANCE :


 

La franchise médicale pénalise les malades, en leur demandant de financer eux-mêmes une partie de leurs soins. Ce n'est pas la conception de la solidarité de la CFDT.

Dans la Loire, la CPAM de Saint Etienne a suspendu le conventionnement de plusieurs médecins qui abusaient de dépassements d'honoraires.

 

Les allégements de cotisations sociales devraient par ailleurs être réservés aux entreprises qui augmentent les salaires et/ ou l'emploi et à celles qui développent des pratiques de dialogue social.

 

Ces mesures fiscales devraient en outre s’inscrire dans une politique contribuant à réduire les inégalités tout en visant une nécessaire harmonisation européenne.

 

A ce renchérissement des soins se sont greffés ces dernières années l’endettement,  l’isolement, l’absence de liens sociaux et de réseau, des personnes âgées.
Après une amélioration de la situation au début des années 80 suite à la revalorisation du minimum vieillesse, les personnes âgées ne peuvent à nouveau plus faire face à leurs charges notamment de loyer, d’autant que, souvent, elles essayent d’aider leurs petits-enfants, eux-mêmes en difficulté.

L’endettement des personnes âgées est un problème observé sur l’ensemble du département : à titre d’exemple, de 15 à 20 % des interventions des Conseillères en Economie Sociale et Familiale du Roannais se font en faveur de ménages de plus de 60 ans.

 

Nous demandons une revalorisation des pensions.

 


CONCLUSION


L'Etat doit redonner de l'espoir aux personnes les plus en difficulté et régénérer la confiance indispensable à la cohésion sociale.

 

Ceci suppose une écoute et un dialogue de qualité  de la part des membres du gouvernement, mais aussi de la part de tous les acteurs économiques et sociaux, de tous les fonctionnaires, militants associatifs et partenaires sociaux dans tous les lieux de vie : dans la rue, dans le quartier, dans la commune, dans les associations,  à l'école, dans l'entreprise...

 

La CFDT prendra, quant à elle, sa part de responsabilité dans cette écoute et ce dialogue mais elle attire l'attention des services publics sur le travail remarquable de ces différents acteurs qui continuent cependant à manquer du soutien et de la reconnaissance de l'Etat.