
Une interview exclusive
Déjà le slogan de ce mouvement revendicatif des métiers de la petite enfance ne pouvait qu'interpeller la mère et grand mère que je suis mais l'emportement de Florence m'a plus encore fait dresser l'oreille quand elle a déclaré "à croire que l'on veut renvoyer les mères au foyer !"
Site Uri : tu n'exagèrerais pas un peu Florence ?
Florence : pas du tout, le gouvernement a imaginé de créer des "jardins d'éveil" en remplacement des classes maternelles accueillant des enfants de 2 à 3 ans.
Ces équipements seront financés à 100% par les collectivités territoriales et les familles utilisatrices paieront au même titre que les crèches la prestation d’accueil, alors que l’école maternelle était un service public gratuit !
Site URI : le fait est que la maternité est déja la première cause du retrait des femmes sur le marché du travail. De telles dispositions ne vont pas dans le sens des besoins exprimés par la CFDT. Mais peut être y aura-t-il de nouveaux emplois créés grâce à la multiplication de ces structures ?
Florence : Si multiplication il y a ce qui n'est pas évident ! Il faut voir de plus quels types d'emplois ? on supprime des postes d’auxiliaires de puériculture ou d ‘éducatrices de jeunes enfants pour les remplacer par des personnels qui, titulaires d'un CAP "petite enfance" ou d'un BEP sanitaire et social, n'ont à l'heure actuelle aucune perspective d'évolution.
La CFDT ne peut accepter ce blocage de l'évolution professionnelle, puisqu’actuellement nous nous battons dans les communes pour que ces personnels bénéficient au même titre que les Asem des écoles maternelles d'une reconnaissance et d'une valorisation de leur métier.
Le projet de décret « Morano » limite en fait la question à des considérations comptables et se contente d'« harmoniser » les salaires au niveau du SMIC sans aucun espoir d'évolution ! Comme par hasard, nous constatons que ce sont des métiers prioritairement féminins que le gouvernement attaque !
Site URI : comment cela ?
Florence : Nos crèches vont avoir des problèmes similaires :
- Là encore on fait venir en nombre des personnels de niveau CAP et BEP qui n'auront pas de réelles possibilités d'évolution puisque rien n'est prévu,
- Là encore on réduit le nombre de salariées diplômées, que ce soit les puéricultrices, les auxiliaires de puériculture, les infirmières,
- mais il y a mieux : on crée une nouvelle structure, "la maison maternelle" qui ne sera pas soumise aux mêmes règles que nos crèches !
Site URI : Est-ce que je comprends bien ? tu me parles d'un ersatz d'école maternelle à travers les "jardins d'éveil" et maintenant tu me dis que l'on va avoir en plus un ersatz de crèches à travers les "maisons maternelles" ?
Florence : ce n'est pas tout à fait cela car on peut penser que la création de maisons maternelles est une bonne nouvelle pour les assistantes maternelles qui étaient très isolées dans ce contrat de travail de gré à gré : les assistantes maternelles seront en effet autorisées à se regrouper par quatre et à garder chacune quatre enfants soit 16 enfants au total ce qui devrait permettre d'introduire du collectif et donc des droits nouveaux pour les personnels ainsi qu'une supervision des modes de fonctionnement de cette nouvelle structure mais le problème c'est que rien n'est très clairement défini à ce jour.
En tout état de cause la question du choix personnel des familles se pose : souvent telle ou telle assistante maternelle est choisie en raison de sa personnalité, de ses compétences reconnues dans son quartier.
En réalité il faut que la famille sache que l'enfant sera pris en charge pour partie de façon collective dans ces maisons maternelles et pas exclusivement par la personne choisie.
Site URI : Le coût des crèches ne risque-t-il pas paraître prohibilif par rapport à ces structures plus légères ?
Florence : On finit par croire que c'est la raison pour laquelle non content de réduire le personnel diplômé en crèche, le gouvernement autorise désormais les établissements à recevoir des enfants en surnombre de 20% par rapport à la capacité d'accueil des locaux (actuellement nous ne pouvons être en dépassement que de 10%) : si tu as une capacité de 40 enfants on tolèrera la présence de 48 enfants sans pour autant avoir recruté le personnel adapté à cette surcharge.
Site URI : et où en est la démarche syndicale sur le sujet ?
Florence : c'est une démarche intersyndicale sur le département du Rhône qui comprend le syndicat Interco Rhône et CFDT santé sociaux. Le mouvement concerne autant les crèches et les haltes garderies municipales et les crèches associatives. Nous suivons l’action du collectif "pas de bébés à la consigne !" et l’intersyndicale dans le Rhône en est à sa quatrième action ! Nous n'avons pas l'intention d'en rester là !
Site URI : Merci du "tuyau" Florence, bien sûr je transmets la pétition : il suffit de cliquer sur le sigle "pas de bébé à la consigne" en tête de cet article ! Non mais ... !
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