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Le syndicalisme en question au FORUM de LibérationDu 18 au 20 Septembre 2009 s'est tenu, à Lyon cette année, le traditionnel forum de rentrée du journal LIBERATION avec plusieurs thèmes dont celui du rôle du syndicalisme dans l'entreprise, aux différents échelons nationaux, européens et internationaux. Marque de l'importance de ces débats , Jean-Claude Mailly pour force ouvrière, Bernard Thibault pour la CGT et François chérèque pour la CFDT avaient tenu à faire le déplacement. Quatre heures trente de débats ont permis d'éclairer les auditeurs sur ce que pourrait être l'avenir d'un syndicalisme dans une économie mondialisée. François Chérèque avait de loin la tribune la plus polémique avec ce tître "le marché a-t-il trahi les travailleurs ?" , Jean-claude Mailly traitait quant à lui du "bilan des syndicats libres en Europe", et Bernard Thibault du thème "quand aurons-nous des normes internationales" ? La place réservée au monde du travail dans les instances internationales est actuellement trop limitée : au G20 de Pittsburg et pour la première fois il y a eu un représentant de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) à laquelle on doit, par exemple, la condamnation de la France pour illégalité du Contrat de Nouvelle embauche (CNE) au regard des conventions signées par notre gouvernement. Cette évolution ne permettra sans doute pas à ce représentant de faire entendre la voix des salariés mais seulement d'être témoin de la teneur des débats. L'OIT se compose pour 50% de représentants des gouvernements, pour 25% de représentants des employeurs et pour 25% de représentants des salariés. L'interlocuteur privilégié de l'OIT est la Confédération Internationale des syndicats (CSI) dont la CFDT est membre. L'OIT a négocié 188 conventions internationales que tous les Etats membres n'ont pas encore ratifiées (notamment les USA) . L'organisme a émis également 199 recommandations et a enregistré 68 accords multinationaux. La Confédération Internationale des Syndicats a comme premier objectif d'inclure dans tous les accords de l'Organisation Mondiale du commerce (OMC) un volet social conforme aux principales conventions de l'OIT. Ce n'est pas le cas actuellement et la convention de l'OIT relative à l'interdiction du travail des enfants par exemple n'est pas forcément incluse dans les accords commerciaux signés par l'OMC. Les conventions de l'OIT constituent également un socle de "droits fondamentaux" pour les salariés qu'il convient aussi d'inclure dans tous les accords signés entre employeurs et salariés des multinationales ce qui génère, même en Europe, des droits nouveaux : voir sur ce point l'expérience du CHSCT européen d'EDF qui a permis pour la première fois d'imposer aux employeurs anglais par voie judiciaire la présence de syndicalistes enquêtant sur la santé au travail des salariés alors que le droit social anglais interdit toute présence syndicale au sein des établissements industriels ! Le syndicalisme s'investit également au niveau européen : la Confédération Européenne des syndicats(CES) à laquelle la CFDT adhère tente d'infléchir les décisions de la commission notamment en travaillant les directives avec les élus sociaux-démocrates du Parlement. L'objectif est actuellement de revenir sur la directive "détachement" qui est à l'origine d'un dumping social dans tous les pays européens (voir notre article ). Enfin, en France, alors que les centrales syndicales représentent de loin beaucoup plus d'adhérents que tous les partis politiques réunis, le syndicalisme français est continuellement sommé de faire la preuve de sa représentativité. le débat "le marché a-t-il trahi les travailleurs ?" visait à établir les causes de la désyndicalisation qui est un mouvement général en Europe et après une présentation de la problématique ci-après rappelée, il a réservé quelques surprises.
Tout d'abord la diversité des syndicalismes européens a été relevée : de quel syndicalisme parle-t-on d'un syndicalisme d'adhérents comme en France ou d'un syndicalisme de services comme en Belgique ou dans les pays nordiques. Les organisations syndicales y gèrent directement certaines prestations sociales dont l'indemnisation du chômage par exemple . Outre la gestion des prestations sociales, le fait qu'un accord sur les salaires ne soit applicable qu'aux adhérents des centrales syndicales qui l'ont signé explique les différences de taux de syndicalisation entre les pays du Nord et du Sud de l'Europe. Le fait est que la forme de "clientèlisme" ainsi générée n'est pas forcément dans la tradition française. S'est aussi posée au cours des débats la question de la bonne stratégie à adopter pour une mobilisation des salariés . Le débat qui réunissait Bogdan LIS du syndicat SOLIDARNOSC également député au parlement polonais et François Chérèque apportait un éclairage intéressant que l'on n'a pas retrouvé dans les autres interventions sur ce point. Un murmure a parcouru la salle comble lorsque Bogdan LIS a posé la question : "est-ce le marché qui a trahi les travailleurs ou les travailleurs qui ont trahi le marché ?". Et de compléter son intervention en rappelant que si en Pologne les travailleurs ont tant souffert de la libéralisation de l'économie c'est aussi parce qu'ils n'ont pas su en être "les acteurs responsables". Dans un rapide historique il notait en effet qu'à la veille de la chute du mur, il y avait en Pologne un unique syndicat lequel négociait avec le gouvernement et que bien souvent dans des établissements industriels obsolètes , "les salariés faisaient semblant de travailler tandis que l'Etat faisant semblant de verser un salaire pour le travail réalisé." Dans un tel contexte , passer à une culture de la rentabilité a été un extraordinaire défi qu'à vrai dire, à son avis, seules les nouvelles générations sont à même de relever. Dans ce chemin difficile vers de nouvelles modalités d'organisation du travail, Solidarnosc dont les cadres ont pris les rênes du nouveau pouvoir polonais, a payé un lourd tribu à la confusion qui s'est instaurée entre responsabilités syndicales et responsabilités gouvernementales. Pour François Chérèque, l'exemple de Solidarnosc est édifiant : il est nécessaire que le syndicalisme garde son autonomie par rapport aux politiques de quelques sensibilités qu'ils soient. Pour autant le syndicalisme ne doit pas à son sens se limiter à des propositions concernant la situation des salariés au sein des entreprises. Pour lui, le syndicalisme fait partie de la société civile et doit s'investir dans toutes les questions de société. Vecteur de liberté et démocratie en Pologne et dans d'autres pays le syndicalisme est légitime à intervenir dans d'autres sphères que celle du travail : en France il participe au questionnement environnemental par exemple. Il y a cependant du chemin à parcourir car les équipes syndicales au sein des entreprises n'ont pas encore pris la mesure de cette extension de leur champ d'action et communiquent peu sur les questions de sociétés qui pourtant devraient interpeler le quotidien de leur vie au travail. Un second frémissement a parcouru la salle quand un participant au forum rappelant la période autogestionnaire de la CFDT s'est demandé si, "en définitive, ce n'était pas les syndicalistes qui avaient trahi les travailleurs, d'où la désaffection actuelle ? ". Après avoir indiqué qu'il n'était pas personnellement "autogestionnaire" François Chérèque a précisé sa position. Pour lui, sauf dans les entreprises qui ont statutairement fait ce choix d'organisation et qui appartiennent à l'économie sociale, il est contreproductif d'être à la fois dirigeant et syndicaliste. Reprenant à son compte la déclaration de Monsieur Bogdan LIS, François Chérèque a relevé que "pratiquer la confusion des rôles c'est se condamner à la schizophrénie et ne pas être en mesure d'assurer la défense des salariés". Autogestion non, mais par contre, pour François Chérèque, il entre dans les objectifs de la CFDT de permettre aux syndicalistes d'investir les conseils d'administration pour y porter la voix des salariés par exemple sur les questions d'échelle des salaires ou de stratégie de développement des entreprises . Cette modification des règles de gouvernance des entreprises fait partie des revendications actuelles de la CFDT. Cette question du développement irresponsable des entreprises faisait écho à un autre débat opposant Pascal Lamy (OMC) et jean-Marie HARRIBEY (Attac) au cours duquel les deux protagonistes convenaient que, dans l'organisation des échanges commerciaux internationaux, la prise en compte du "social" ne pourrait se faire sans l'accord des pays émergents qui souhaitent bénéficier du développement de leurs économies et vivent, pour certains, les normes sociales comme des difficultés supplémentaires. Le syndicalisme a donc un vaste champ d'intervention à tous les niveaux international, européen, national mais également au sein de la plus petite à la plus grande des entreprises. La conclusion du débat venait naturellement : Pour un travail décent , un seul mot d'ordre SYNDIQUEZ-VOUS ! BONUS Réunion syndicale internationale à BUCAREST à l'occasion d'un colloque sur les comités européens de groupe : témoignage sur une capitale de l'Europe de l'Est en mutation Les salariés du forum : un article de Libération : "Dans l'ombre du forum"
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