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Un train pour AuchwitzLueur d’espoir au bout de l’enfer Conduits par quatre syndicats, 47 jeunes rhônalpins ont découvert l’horreur d’Auschwitz et Birkenau. Parmi eux, il y avait six haut-savoyards, salariés et lycéens. Reportage. Samedi 23 janvier, 6 heures et demi. Six jeunes haut-savoyards et deux adultes rejoignent d’autres Chambériens et Dauphinois sur le parking du péage de Chambéry. Quelques minutes plus tard, ils grimpent dans le car venu de Lyon. L’aventure débute. Katy Grosrenaud, éducatrice pour jeunes enfants à Monnetier-Mornex et Mihael Rafy, son compagnon, lui-même travailleur frontalier à Troinex en banlieue de Genève, font connaissance avec Lydia, Samia, Diane et Océane. Ces trois dernières sont élèves du lycée Baudelaire de Cran Gevrier. « Ma mère m’a parlé du voyage et tout de suite, cela m’a intéressé », témoigne Diane Dusseau, dont la maman est militante CFDT. Et Océane Lagarde ajoute : « Diane m’a proposé, et comme c’est ma copine, je l’ai suivie ». Une coopération intersyndicale franco-italienne Samedi 23 janvier, 14h30. Au bord du quai 21 de la gare Milano Centrale, là même où partaient les convois de la mort, 47 jeunes rhônalpins et leurs cinq accompagnateurs, tous responsables CFDT, CGT, CGC et FSU, s’agrègent à un groupe de 600 jeunes, enseignants, retraités et militants syndicaux italiens de la CGIL et CSIL, autant dire la CGT et la CFDT italiennes. « Cela fait longtemps que nous travaillons ensemble entre syndicats rhônalpins et lombards. Dans le cadre de la politique des « Quatre moteurs », nous avons monté ce projet soutenu par la région Rhône-Alpes. Nous rejoignons le train de la mémoire organisé depuis plusieurs années par les syndicats de Lombardie », déclarent en chœur Alain Desvignes, Jean-Michel Gelati, Marylène Cahouet et Christiane Kowalski, accompagnés de Didier Mansot, secrétaire général de l’UD CFDT 74. Durant les 20 heures de voyage, devant les jeunes, je détaille la résistance haut-savoyarde, les Glières, le département cerné par la police en 1944, et les jeunes, dont pas mal de syndicalistes, qui se sont engagés, ont payé de leur vie et ont été déportés : pas moins de 700 haut-savoyards sont morts dans une dizaine de camps de concentration différents, dont Auschwitz. Lundi 25 janvier, 9 heures. Avant les délégations officielles qui seront là dans deux jours, le groupe franchit la porte grillagée et l’enseigne Arbeit Macht Frei d’Auschwitz I: « Le travail rend libre » ! Débute alors une visite de deux heures et demi d’un parcours éprouvant. Les blocks, maisons de deux étages, où étaient internés les déportés, se succèdent, Derrière les vitrines, les cheveux coupés et tressés pour faire des couvertures, les vêtements en tous genres, les valises… tout ce dont les déportés étaient dépouillés dès le quai d’arrivée, sauf les montres, bijoux et autres objets précieux qui rejoignaient la Reichbank. Auschwitz, le summum de l’exploitation humaine industrialisée. Il y a aussi les gamelles pour leur maigre pitance, les photos… innombrables témoignant de l’horreur, qui touchaient même les enfants. Les jeunes descendent même au sous-sol voir les cachots, et au dehors la cour et le mur des fusillés : ceux qui osaient se révolter. Samia et Lydia livrent leurs impressions : « Voir les tonnes de cheveux, de vêtements, cela m’a choqué. Jamais je n’aurais pu l’imaginer. Etre sur place, cela dépasse tout ce que l’on a pu lire », déclarent-elles en chœur. Et maintenant témoigner Deux heures plus tard, sous la neige gelée, on discerne des rails. Au fond, un long bâtiment d’enceinte et la fameuse tour de garde, tant vue dans les livres et les films : c’est Birkenau. Pendant trois heures, par un froid cinglant, les jeunes découvrent l’envers du décor. Le groupe arpente la plaine immense, gelée, séparée par des hautes barrières électrifiées. « Comment des êtres humains ont-ils pu infliger cela à leurs semblables ? », réaction entendue à profusion à la vue des baraques de bois, des châlits entassés, des trous dans un mur de béton en guise de toilette, les baraques des femmes où survécut Simone Veil, les restes de chambres à gaz, les crématoires où disparut la famille d’Elie Wiesel, l’évocation par la guide du gaz Zyclon B, du tortionnaire Mengele… A 17 heures, dans la nuit qui tombe, des lumignons s’allument. On se groupe autour de la dalle du souvenir. Après Nasser et Noé, deux potes du lycée Marie Curie de Grenoble, Mihael, jeune d’Ambilly, témoigne devant les 650 Italiens et Rhônalpins. « Ce qui s’est passé, c’est incroyable, c’est terrifiant. On est là pour s’imaginer un peu. Il faut que nous luttions pour que cela ne se refasse plus. Nous devons accepter notre prochain, qu’il soit polonais, français, allemand, juif, tzigane. » Mercredi 27, alors qu’avec 4 000 personnes, des rescapés, des parlementaires français et européens, le premier ministre israélien foulent le sol de Birkenau, le train revient à Milan. « Ce voyage m’invite à en parler à mon entourage. C’est tellement plus fort que ce qu’on lit dans les livres ou ce qu’on nous a dit à l’école », confie Lydia. Et sa copine Samia ajoute : « On m’en avait parlé et cela m’intriguait. Je voulais me rendre compte par moi-même. Au lycée, je vais raconter et je pense que cela pourrait aider à se rendre compte de ce qu’étaient les camps de concentration et d’extermination ». Jean-François Cullafroz Photos : A Auschwitz I : « Etre sur place, cela dépasse tout ce qu’on a pu lire. » © JF Cullafroz
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