A chaque fois, j’ai été impressionné par les moyens matériels mis à disposition des enseignants et chercheurs : bâtiments, laboratoires, équipements sont abondants et récents… Certes, une de nos interlocutrices en sciences sociales nous a prévenu que le Québec n’échappait pas à l’instrumentalisation du savoir répandue en Amérique du Nord : on ne vient pas à l’Université pour acquérir un savoir ou une culture mais pour obtenir un diplôme qui permettra de « faire du business » (et de gagner de l’argent)… Il y a donc une forte demande sur tout ce qui procure de la valeur à court terme.
La recherche finalisée est donc très majoritaire et bien financée à travers des partenariats ou des contrats d’objectifs avec l’Etat, les collectivités locales ou les industriels…
Ce mode de financement va de pair avec une très grande autonomie des Universités (et même des professeurs titulaires dans les départements). Au Canada, la Recherche est une prérogative fédérale (avec un budget et un ministère) alors que l’enseignement (y compris jusqu’au supérieur) est du ressort des provinces.
Dans les Instituts de recherche comme dans les Universités, le financement fédéral ou provincial est considéré comme un levier permettant d’aller chercher des financements complémentaires (au moins équivalents), y compris pour payer les salaires des chercheurs.
Côté carrières, il y a une multitude de statuts, du professeur agrégé titulaire à vie de son poste, aux chargés de cours plus que précaires (contrats de 6 mois sans protection sociale entre les contrats), le système commence d’ailleurs dès le troisième cycle, car les étudiants se voient confier un certain nombre de tâches par leurs professeurs (correction de copie, encadrement de TD et TP) moyennant rétribution. Le critère de progression est principalement basé sur l’évaluation par les pairs, avec une importance croissante dans l’évaluation du nombre et du montant des financements complémentaires ramenés par les chercheurs ou les professeurs…
Les droits d’inscription à l’Université sont plus élevés qu’en France : 1900 $ par an (1450 Euros), plafonnés par le gouvernement provincial qui verse le complément aux Universités sous forme de subventions (Un an de scolarité revient à environ 10000$).
Il y a au moins 50% des étudiants qui travaillent à temps partiel pour financer leurs études.
ANALYSE A POSTERIORI
Nous allons regarder de près la documentation (notamment les publications gouvernementales) que nous avons ramenée, de manière à disposer de chiffres sur les budgets de la recherche et de l’enseignement supérieur au Québec, mais il semble que la France soit loin derrière : les dépenses de recherche et développement sur financement industriel seraient pour le Québec au niveau de 1.65% du PIB (1.36 en France).
Sur le statut des personnels, il faut aussi probablement y regarder de plus près, mais le problème du renouvellement des générations d’enseignants et de chercheurs semble avoir été pris en compte autrement qu’en comptant sur les départs en retraite non remplacés pour diminuer les charges salariales comme en France.
Il est vrai que le Québec (comme le reste du Canada) mène une politique active d’immigration, ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes d’intégration, car un certain nombre de professions sont organisées au Québec de manière très corporatistes : ingénieurs, professions médicales (un peu comme l’ordre des médecins en France) et résistent à cette évolution…
Le Québec, c’est aussi des ressources naturelles immenses (forêt, mines, hydroélectricité) qui par leur abondance ont contribué à la création de richesse, mais ont aussi donné lieu à surexploitation (industrie papetière par exemple) sans toujours contribuer au mieux être de la population.
Aujourd’hui, la prise de conscience d’un gaspillage des ressources au seul profit des grandes compagnies (autrefois Québécoises, aujourd’hui multinationales) est assez vive.
La « monoculture » industrielle hors des grandes métropoles (Montréal et Québec) a créé du chômage lors des restructurations induites par la mondialisation, les grandes compagnies industrielles ont usé et abusé du chantage à l’emploi pour maintenir ou accroître leurs privilèges, notamment sur l’exploitation des ressources naturelles, tout en ne réalisant pas les investissements nécessaires pour les rendre concurrentielles au moment de l’épuisement des ressources ou de l’entrée dans la compétition de nouveaux concurrents venus de l’est….
Le gouvernement Québécois a appliqué fidèlement les préceptes néo-libéraux élaborés par son voisin du sud, en commençant par réduire les salaires pendant plusieurs années (de 10 à 20 % au total suivant les cas), sous prétexte de diminuer les charges de l’Etat pour maintenir le service public, ce qu’il n’a pas fait bien sûr, et aujourd’hui, sa priorité est, tout en baissant les impôts (encore une promesse non tenue), de contribuer davantage au remboursement de la dette publique…
Le résultat sur le service public (Education, Santé) est tout à fait désastreux, comme on pourrait s’en douter, et le néo libéralisme a trouvé là un joli habillage pour désengager l’Etat de tout ce qui pourrait intéresser l’entreprise privée.
Les prochaines échéances électorales seront à surveiller : comme nous le disait une Québécoise « pure laine » rencontrée du côté de Saint Jean des Piles (Mauricie) « nous sommes restés à genoux pendant 4 siècles par la volonté de nos évêques et de nos curés, maintenant qu’ils n’ont plus le pouvoir, il serait temps de se mettre debout ! »
Au Québec, l’appartenance à un syndicat est obligatoire et régie par l’entreprise dans laquelle on travaille (c’est le résultat du choix des salaries qui votent tous les 3 à 5 ans pour choisir leur centrale syndicale). Cela permet aux centrales syndicales d’avoir des moyens financiers confortables, mais il ne m’a pas semblé que cela influait sur la nature des problèmes à traiter, ni sur l’engagement des militants que nous avons rencontré…
Cet aspect reste cependant à approfondir, en poursuivant le dialogue amorcé lors de notre visite.
bonus : Visite d'un musée sur le syndicalisme