L'histoire des LIP a beaucoup marqué la CFDT. Elle reste une référence dans notre syndicalisme ... quelques anciens se sont organisés pour projeter le film " LES LIP , ou l'imagination au pouvoir" dans plusieurs villes savoyardes et ces projections seront suivies d'un débat sur les leçons à tirer de la lutte des LIP et les transpositions que l'on peut faire de cette expérience à la situation actuelle.

Deux au moins des trois principaux acteurs viendront témoigner :

- Raymond BURGY et/ ou Charles PIAGET anciens de LIP
- Claude NEUSCHWANDER ancien "patron mais des LIP" ...


RAPPEL HISTORIQUE

Dans les années 1960, la situation financière de LIP se dégrade.

En 1967, Fred Lipmann, devenu Fred Lip, décide d'ouvrir le capital et cède 33% de ses parts à Ébauches S.A. (filiale de l'ASUAG, gros consortium horloger suisse qui deviendra Swatch Group).

En 1970, Ébauches S.A. devient l'actionnaire principal avec 43% du capital.

En 1971, Fred Lip est débarqué par le conseil d’administration. il est remplacé par Jacques Saint-Esprit.

En 1973, Lip fabrique les premières montres à quartz françaises. Mais les difficultés s'accentuent : la concurrence américaine et japonaise met déjà l'entreprise en péril. Le 17 avril 1973, Jacques Saint-Esprit démissionne, Lip dépose le bilan. Dans les semaines qui suivent, l'usine Lip devient alors le théâtre d'une grève qui va connaitre une audience nationale.

C'est le point de départ d'un conflit emblématique de l'après 68, qui va durer plusieurs années.

Courant mai 1973, un comité d'action (CA), hérité du mouvement de Mai 68, se reconstitue.

Le 12 juin, lors d'une réunion du Comité d'entreprise extraordinaire, des ouvriers ouvrent la serviette de l'un des administrateurs, et découvrent les décisions de restructuration et de licenciements qu'on leur cachait.

L'usine de Palente est occupée sur le champ. Dans la nuit, le stock de montres est mis à l’abri dans des caches. La grève est notamment menée par un responsable CFDT, Charles Piaget.

Le 15 juin, une manifestation rassemble 12 000 personnes dans les rues de Besançon.

Le 18 juin, une assemblée générale décide la remise en route de la production, sous contrôle des travailleurs, pour assurer "un salaire de survie". La lutte des Lip est alors popularisée avec le slogan : "C'est possible : on fabrique, on vend, on se paie" : expérience d'autogestion .

L’intersyndicale CGT-CFDT, demande à la revue Les Cahiers de Mai de les aider à faire un journal de grève : Lip-Unité, qui participera à la médiatisation du mouvement.

Le 2 Août, le Ministre du Développement industriel, Jean Charbonnel, nomme un médiateur : Henri Giraud.

Le 11 août, début des négociations entre les syndicats, le Comité d'action et Henri Giraud.

Le 15 août, les gardes mobiles investissent l'usine et chassent les ouvriers. Ils y resteront jusqu'en février 1974.

A l'annonce de cette nouvelle, de nombreuses entreprises de Besançon et de la région se mettent en grève et les ouvriers viennent en découdre avec les forces de l’ordre. Des syndicalistes s'interposent pour empêcher l'affrontement. Ceci n'empêchera pas des arrestations et des condamnations lors des manifestations qui se dérouleront les jours suivants.

Le 29 septembre, une grande marche nationale sur Besançon est organisée. 100 000 personnes manifestent sous une pluie battante ( La marche des 100 000 ).

Le 15 octobre, le Premier Ministre, Pierre Messmer annonce : Lip, c'est fini !.

En coulisse, quelques chefs d'entreprises modernistes du CNPF ( Antoine Riboud, Renaud Gillet et José Bidegain ) s'activent pour trouver une solution. C'est finalement Claude Neuschwander, alors numéro deux du groupe Publicis et membre du PSU, qui accepte de reprendre l'entreprise Lip.

Le 29 janvier 1974, la délégation de Lip signe les accords de Dôle. La Compagnie européenne d’horlogerie, dirigée par Claude Neuschwander reprend alors les activités horlogerie de Lip. 850 ouvriers doivent être réembauchés. C'est la fin de la grève.

La marque LIP vieille de 3 siècles existe toujours mais l'aventure des LIP est restée un moment très particulier de son existence.

Cette marque emblématique appartient désormais à Jean-Claude Sensemat , homme d’affaires atypique, pionnier de la mondialisation des échanges ce qui l’a conduit dès 1975 dans la Chine de Mao.Repreneur de plusieurs marques cultes, dont LIP, Jean-Claude Sensemat a livré son expérience dans un livre" LIP 1990-2005" .

A travers cet ouvrage deux conceptions de l'entreprise continuent à s'affronter d'où l'actualité de la" lutte des LIP".

La "lutte des LIP" a été également à l'origine de l'Association de Garantie des Salaires (AGS) qui intervient à la place d'un employeur défaillant lorsque des salaires sont demeurés impayés.