Au moment où elle fête son centenaire, l'usine de Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie) d'Alcan (ex-Pechiney) s'interroge à nouveau sur son avenir. Depuis la coulée de son premier lingot, le 31 juillet 1907, le premier site historique de fabrication d'aluminium n'a plus la suprématie de la production française, supplanté par Dunkerque lancé en 1992. Mais il reste, comme l'indique Hervé Bottino, premier adjoint au maire PS de Saint-Jean-de-Maurienne, "la pièce maîtresse de l'économie locale" et la vitrine mondiale d'Alcan en matière de recherche et développement avec le Laboratoire de recherche et de fabrication (LRF).
"Le rachat par Rio Tinto est une affaire tout à fait neutre, affirme Michel Bouvard, député UMP de la Savoie, car ils sont complémentaires d'Alcan." Pour M. Bouvard, la vraie question c'est le coût de l'électricité à échéance de 2012, fin du contrat de tarification spécifique consenti par EDF (Le Monde du 24 avril). La fin des tarifs négociés ferait perdre la rentabilité de l'usine de Saint-Jean-de-Maurienne par rapport aux autres sites du groupe implantés à l'étranger et pourrait compromettre sa pérennité.
Contraintes géographiques "A Saint-Jean, on est inquiets, déclare, pour sa part, Yannick Baccaria, délégué CGT Alcan, notre but c'était d'avoir une énergie à prix compétitif et surtout de doubler la capacité de production pour atteindre le seuil de 200 000 tonnes par an, contre 135 000 aujourd'hui." "Cette question n'est plus vraiment à l'ordre du jour, reconnaît M. Bottino. Nous étions prêts à accompagner la restructuration car le site de Saint-Jean est réduit en surface et nous aurions dû déplacer des voiries mais le projet n'a jamais été validé." Conséquence de ces contraintes géographiques, pour la première fois, la dernière génération de cuves d'électrolyse ne sera pas développée en Maurienne mais sur le futur site d'Alcan au Canada.
Aujourd'hui les espoirs reposent sur l'objectif annoncé fin 2006 par le groupe de mettre au point un procédé d'électrolyse plus propre et plus efficace en termes de consommation d'énergie. Cette technologie est élaborée au sein du pôle de recherche et développement Rhône-Alpes constitué du LRF de Saint-Jean-de-Maurienne et du centre de Voreppe (Isère).
D'ici trois ans, le site savoyard est appelé à être équipé de ces cuves confirmant ainsi son statut de plate-forme de démonstration industrielle.
Mais les craintes ne sont pas pour autant levées. Alcan Saint-Jean-de-Maurienne emploie 640 salariés à la production et 120 sur le LRF et en tout 3 000 emplois induits. Dans un mois, la ville inaugure un monument à la gloire de l'aluminium, un musée ouvrira ses portes à l'automne à Saint-Michel-de-Maurienne.